THE DARK KNIGHT

 

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Enterrez les visions poétique de Tim Burton et gay-attitude de Joel Schumacher : Christopher Nolan impose la sienne comme étant la plus fidèle au matériau d’origine, et l’inscrit dans un contexte socio-politique ultra-réaliste qui fait du bien au genre super-hero movie. Non que le diptyque de Burton soit mauvais (pour celui de Schumi, par contre…), mais trop marqué par la patte du réal d’Edward Scissorhands pour offrir aux comics geeks le Batman qu’ils réclament. Nolan revient aux origines et fait du Cape Crusader et ses ennemis des hommes profondément schizophréniques, hantés par une violence qui ne demande qu’à surgir et alimenter un chaos grandissant. Le chaos : c’est le grand mot de ce film.

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De l’entrée en matière à sa chute, The Dark Knight montre un monde en totale perdition, sans aucun repère sur lequel se rattacher, comme un bateau en pleine tempête scrutant la côte à la recherche d’un phare. La tempête, ici, c’est le Joker, véritable monstre de cinéma, mal absolu en ce qu’il a d’humain, méchant paroxystique interprété par un Heath Ledger assurant à lui seul le spectacle, renvoyant l’interprétation de Nicholson à de la gabegie. Le Joker cristallise toutes les angoisses de l’Amérique moderne, le terrorisme, la violence gratuite, la perte de l’innocence, la chute irrémédiable du Bien, cette dernière notion incarnée parfaitement par Aaron Eckart dans le rôle d’Harvey Dent. Et pourtant…

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Car Nolan et son frère ont tissé un scénario d’une densité folle qui rappelle à bien des égards les plus grands films de Scorsese. Ils parviennent à dresser des identités fluctuantes, toujours sur le fil entre le bien et le mal : Batman fait lui-même preuve d’une violence sourde et se voit imputé la responsabilité du Mal qui gangrène Gotham ; quant à Harvey Dent, il passera du côté obscur en devenant Pile-ou-Face. Les relations entre protagonistes se complexifient et ne peuvent être immuables. Pourtant, le metteur en scène mythifie les principaux personnages, à mi-chemin entre la légende arthurienne et la tragédie antique, et leur confère ainsi cette aura que Raimi s’est acharné à défaire de son Spiderman (3).

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Ce Dark Knight échappe à toute tentative de spatialisation ou datation : Gotham reste une ville imaginaire, vivant à une époque floue, qui se pare de modernisme, visuellement, mais traitée par Nolan comme une cité antique. S’il opte pour un réalisme parfois gêné par un montage pas toujours judicieux, les apparitions fantomatiques du Batman (à travers un champ-contre champ légitimé à la fois par les écoles du réalisme et celles du fantastique) porte le métrage vers une dimension qui dépasse le strict cadre de l’urbanisme à la Michael Mann (qui inspire de nombreux plans et une vision de la ville hypnotique).

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Bien sûr, The Dark Knight n’est pas le film parfait qu’on bien voulu voir les Américains (tout simplement parce que le film s’adresse à eux et qu’ils ne peuvent qu’y être réceptifs) : trop dialogué parfois alors que l’image peut suffire, des scènes d’action en deçà de nos attentes (aussi spectaculaires soient-elles !), et un doublage français qui fait peur au début (elle a une bronchite, la chauve-souris ?!) avant de comprendre l’importance d’un détail ignoré dans tous les films de super-héros.                                                                                                                                     Mais voilà, The Dark Knight est un film-somme, un projet énorme qui aboutit dans sa globalité, tenu par un casting concerné, depuis le figurant jusqu’aux têtes d’affiches, mis en scène de façon déconcertante mais ô combien convaincante. Ajoutez à cela une ligne musicale qui cerne la personnalité tragico-héroïque du Chevalier Noir, et vous obtenez là un des plus grands films de la décennie. En prime, de véritables espoirs pour un troisième opus inévitable et salivant.

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