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L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

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Une vieille dame tient par la main un jeune enfant à qui elle donne avec une tendresse infinie un baiser sur la bouche, s’éloignant doucement dans le cadre, de dos, entouré d’arbres atemporels : en un plan, dont la splendeur n’a d’égale que sa discrétion et sa pudeur, Fincher résume les enjeux d’un film magnifique, la vie, la mort, l’amour, le temps qui passe. Des thèmes universels rabattus, mais perçus sous le prisme du pitch novateur de la nouvelle de Scott Fitzgerald.

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C’est l’histoire d’un homme né vieux dont l’existence se déroulera à contre-courant de la normalité, ne pouvant de fait jouir de l’amour qui le lie à Daisy, son amour de toujours. Pendant un laps de temps relativement court, les deux auront le même âge que leurs artères. Le temps ravage tout. En qualifiant le film d’ennuyeux, certains n’ont semble-t-il pas compris la thématique du film : le temps, justement, et le besoin qu’ont ces personnages de se donner du temps. Fincher, à qui l’on a reproché depuis ses débuts un trop grand formalisme, n’est pas cinéaste à vouloir donner du rythme là où il n’y en a pas besoin. Le réalisateur de Seven a toujours adapté sa mise en scène pour les besoins du scénario, sans pour autant renoncer à un style immédiatement reconnaissable (les fameuses scènes de dialogue pendant un repas, par exemple).

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Oui, Benjamin Button est lent, mais pas nécessairement trop long. Oui, il ne raconte rien, mais les personnages prennent alors une ampleur qu’un excédent d’aventures inutiles aurait gâchée. En somme, David Fincher laisse le temps aux amants de vivre leur passion impossible, ce qui explique d’ailleurs la construction en flashbacks qui donne un second souffle à une Daisy mourante et une signification à ‘l’étrange histoire’ de Benjamin. Une deuxième vie avant d’être balayée par le temps qui court (habile métaphore autour de l’ouragan Katrina dont certains auraient voulu voir des images spectaculaires, vainement).

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Conscient de sa forte thématique, Fincher tend sa mise en scène dans ce sens, mêlant avec grâce et sans ostentation effets du cinéma primitif et effets spéciaux de pointe qui ne sauraient constituer l’intérêt majeur du film (mais incroyablement bluffants tout de même). Le prologue, dans cette optique, révèle à la fois la puissance conjuguée de la narration et des enjeux de la fable. On pourra certes regretter qu’Eric Roth , scénariste, appuie un peu trop la filiation de son travail avec celui effectué sur Forrest Gump (jusqu’à reprendre quasiment textuellement la séquence où le héros craint que sa tare soit héréditaire et confiée comme telle à sa progéniture), cependant il n’a pas cédé à la tentation de faire participer Benjamin à de grands événements (hormis la guerre) qui auraient détourné le film de son objectif. Et puis, nul besoin de recourir à une temporalité signalée par l’actualité, alors que les décorateurs et autres techniciens proposent une somme de travail colossale pour dater imperceptiblement chaque époque traversée. En outre, cela permet justement de rendre le temps fluctuant (jeu également sur les répétitions) et d’en amoindrir le caractère inéluctable.

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Côté casting, c’est un sans faute, avec un petit bémol pour un Brad Pitt qui marque ses limites dans le jeu dramatique, avec un gros dièse pour Cate Blanchett qui apparaît comme la seule héritière valable des grandes classiques, Garbo et Katherine Hepburn en tête.

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Mine de rien, alors que la déception s’empoigne à chagriner une partie du public, l’Étrange Histoire de Benjamin Button prend la route du chef-d’œuvre en devenir. Il ne l’est pas aujourd’hui, mais le temps, encore lui, fera le travail. L’émotion que suscite le film, pudiquement, au travers d’une mise en scène perfectionniste, trop contrôlée pour certains, est véritable, prégnante, à l’image de ce plan d’une vieille dame qui tient par la main un jeune enfant à qui elle donne avec une tendresse infinie un baiser…


Juste retour des choses contre le temps qui passe…

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