GLADIATOR

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En mettant fin au règne des studios hollywoodiens en manquant de couler la Fox, Cléopâtre (Mankiewicz, 1963) marqua le chant du cygne d’un genre intrinsèquement lié au cinéma : le péplum. Griffith s’y est coltiné (Intolérance, 1916), et d’autres encore après lui (un autre Cléopâtre monumental en 1917), dont un certains Cecil B. DeMille à qui l’on devra 2 versions des 10 Commandements. Et dans le Mépris, Godard mettait un scellé semble-t-il définitif sur le genre en tournant dans les studios désaffectés de Cinecitta. Pendant plus de 30 ans, aucun péplum ne verra le jour, jusqu’à ce que Ridley Scott le révolutionne, comme il a su le faire pour la SF (Alien, Blade Runner).

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Pitch on ne peut plus simple, résumé en une tagline efficace au possible : le général devenu esclave, l’esclave devenu gladiateur, le gladiateur qui a défié un empereur. En soi, l’histoire dans les grandes lignes s’inscrit dans une longue série de métrages rythmés par l’ascension-déchéance-remontée du personnage central. Ça, c’est sur le papier, car dans les faits, Scott apporte une complexité psychologique qui puise aux sources de l’antiquité et de Shakespeare, pour tisser telles les trois Parques une tragédie comme on n’en a pas vu depuis belles lurettes. Maximus s’apparente à un Hamlet déchu, tandis que Commode, en véritable empereur romain, laisse planer l’ambiguïté quant à ses sentiments envers sa sœur, jusqu’à une séquence mémorable où il ne manque que les alexandrins pour se croire chez Racine.

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Et pour incarner ces hommes en jupettes (un motif de dérision inhérent au péplum), il ne fallait rien moins que des acteurs de grande classe. Pas de grands noms, juste des habitués des seconds rôles qui subliment leur incarnation, d’un Joaquin Phoenix ahurissant en empereur psychotique, à Richard Harris éblouissant en César mourant et digne, en passant par Oliver Reed et Connie Nielsen qui donnent encore plus de profondeur aux relations humaines. Quant à Russel Crowe, en un plan où trois micro-expressions passent sur son visage, il met tout le monde d’accord : l’Oscar est amplement mérité, confirmation faite avec la révélation de son identité à Commode.

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L’empathie est totale envers le héros, père d’un fils assassiné, mari d’une femme assassinée, qui connaît son climax dans une scène où Scott rend un très bel hommage à Sergio Leone. Mais paradoxalement, alors que l’on se prend de sympathie pour Maximus, celui-ci nous provoque, interpelle le spectateur, à travers le public des jeux du cirque qu’il prend à parti, auquel, par la force des choses, on s’identifie par la mise en scène. C’est Ridley Scott qui d’un coup prend la parole et utilise la modernité de son histoire pour proposer un discours sur la représentation de la violence, accompagnant un propos bien plus politique, redonnant sens à l’expression « des jeux et du pain » pour stigmatiser la dictature de l’image et celle, plus simplement, qui se cache traitreusement derrière le masque de la liberté.

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C’est finalement l’entrecroisement des différentes sensibilités qui donne à Gladiator une valeur universelle, en faisant l’économie d’une imagerie mythique désuète (les champs-elyseum sont un négatif de la vie idéalisée par Maximus), où la violence graphique joue un rôle rhétorique. Hans Zimmer synthétise tout cela pour offrir une des meilleures bande originale jamais écrites. Le compositeur donne un souffle épique à des batailles déjà dantesques, repose avec des plages de calme d’une beauté assourdissante, et cite régulièrement Wagner, dont une reprise telle quelle du Crépuscule des Dieux.

Avec Gladiator, le péplum n’est plus, en effet. Scott en explose les codes, les réinvente grâce à une modernité et un discours qui régénère le genre tout en l’annihilant. Musique, casting, mise en scène, tout participe à faire de Gladiator un vrai chef-d’oeuvre, le climax d’un pan cinématographique, sa renaissance et son acte de décès immédiats. Après ce ce film, aucun autre ne pourra connaître pareille réussite artistique : Troie et Alexandre (et même le Choc des Titans) en sont les preuves flagrantes. Gladiator EST le péplum, sans l’être. Et bien plus encore.

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