ALICE AU PAYS DES MERVEILLES 2010

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Alice au pays des Merveilles, revisité par Tim Burton ? Cela avait tout de la bonne idée, parce que l’univers fantasmé de Lewis Carrol a tout pour permettre au sombre cinéaste les délires les plus iconoclastes et une satire des plus virulentes contre la normalité. Les fans du monde entier portaient déjà aux nues le nouveau métrage, envoyant ad patres le classique Disney (au demeurant excellent), alors que dès le titre, un problème pouvait déjà être soulevé : Alice, une héroïne, une fille!! une première donc pour le réalisateur d’Eward aux mains d’argent et Sweeney Todd !! Et en soi, une première menace planant sur le monde de Burton…

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Bien sûr, ses films ne sont pas exclusivement masculins, et donnent aux femmes des rôles essentiels (voir Miss Lowett dans le Barbier de Fleet Street ou encore Catwoman dans Batman le Défi), mais le personnage d’Alice est ici sans relief (malgré la 3D !), caricature dans un premier temps d’une jeune fille rebelle prête à être mariée à un lord pas de première fraîcheur (et ce sont encore les roux qui en prennent pour leur grade…), ensuite jeune fille errant de rencontres en rencontres, effacée jusqu’à découvrir la force qui l’habite ( le combat contre le Jabberwocky – rien à voir avec les Monty Python). Alice est peut-être le rôle-titre, Burton ne parvient pas à en faire le personnage principal, à se projeter en elle, laissant Johnny Depp (en mix de toutes ses dernières interprétations décalées) et Helena Bonham-Carter (magnifique Reine Rouge, drôlissime) faire le show pour le meilleur et pour le pire, surtout pour du vent.

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Parce qu’il faut bien dire qu’on compte les minutes, presque les secondes (comme le lapin, le nez sur sa montre), l’histoire étant d’une vacuité interpellante : d’une part, les différentes rencontres ne nourrissent pas d’intrigue, d’autre part, la bataille finale arrive comme un cheveu sur la soupe et ne bénéficie d’aucun souffle épique (même Danny Elfman est à la rue…). On pourra toujours se rattraper sur le design du film, très coloré, très chargé, ravissement des yeux qui ne sert à rien, sinon à faire beau donc, sinon à souligner également la mise à distance du monde réel et le monde des ‘merveilles’, vieille rengaine de Mister Burton depuis maintenant quelques années. Lassant.

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La grande question au centre d’Alice : est-ce un film DE Tim Burton ? On vient de le voir, l’univers graphique est connu est reconnaissable (qu’on aime ou pas Charlie et la Chocolaterie et ses couleurs criardes), les motifs récurrents y abondent (l’arbre tordu, les portes informes, le moulin abandonné, le gothique), et les amis (et épouse) sont bien là. Et alors ? et alors : rien. Tous ces gimmicks ne sont que du remplissage, une signature technique qui ne saurait masquer le manque d’inspiration d’un cinéaste enfermé dans son unicité au point de se répéter formellement en circuit fermé. Pourtant, son discours a évolué, fait un volte-face qui déprécie encore plus sa volonté de rester fidèle à une certaine imagerie.

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Le final ne laisse planer aucune ambiguïté : gagner sur le rêve, voilà le nouveau credo de Tim Burton. Bouffé par l’univers Disney qu’il avait quitté après avoir travaillé sur Rox et Rouky (et là, Burton EST Alice, qui revient au ‘pays’ pour y remettre de l’ordre), le metteur en scène d’Ed Wood rentre dans le rang, la queue entre les pattes, obligé (ou volontaire ? c’est là la question…) de filmer Jack Sparrow en habit du carnaval de Dunkerque danser du break-dance… Triste sort pour qui a toujours eu la finesse de défendre habilement la différence et le rêve.

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On pensait La Planète des Singes un accident ; voilà un nouveau tête-à-queue dans une filmographie qui souffle désormais le chaud et le glacé de façon de plus en plus récurrente. Tim Burton, un pied dans la tombe ?

N.B. : la 3D ne sert à rien, elle a été plaquée en post-production. Enlevez-vos lunettes de temps à autre, vous y verrez certaines séquences complètes en 2D. J’ai pas prononcé le mot ‘arnaque’…

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SWEENEY TODD, le Barbier de Fleet Street

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Sous les apparences, la carrière de Tim Burton est un modèle de chaos : après avoir commencé par une comédie con-con (Pee Wee), Burton enchaîne les productions spectaculaires (Beetlejuice, Batman) avec des projets plus confidentiels (Edward aux mains d’argent, Ed Wood), la forme et le discours étant sensiblement les mêmes à chaque métrage. Avec Mars attacks, une rupture se crée, le film délaisse l’univers sombre, poético-gothique, pour exploiter sur le ton du cynisme une foule de personnages, là où Burton a toujours préféré se concentrer sur un personnage central. Quant à Sleepy Hollow, s’il ferme la parenthèse pour revenir aux ambiances macabres, l’impression que son auteur tourne en rond s’insinue dans l’esprit du spectateur : le style est là, mais le systématisme guette, et pour la première fois, le réalisateur aux cheveux hirsutes déçoit. Cela dit, ces deux films restent de beaux succès (du moins en Europe).

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Puis vient la « honte » de sa filmographie : La Planète des Singes, conspué par les fans, incompris et/ou incompréhensible, tant le résultat ne correspond peu ou prou à la personnalité du metteur en scène. On le dit fini.C’était sans compter une paternité qui lui inspire le magnifique Big Fish qui ouvre un nouveau cycle, plus lumineux, tourné vers des valeurs familiales inédites. Malgré tout, la critique spécialisée gronde, ce que ne calmera pas Charlie et la chocolaterie qui, bien que portant sa patte inimitable, se trouve pointé du doigt à cause du renversement du discours de Burton de ses première œuvres : la monstruosité, jusqu’ici constamment défendue, s’avère un châtiment, une source d’humiliation pour ceux qui en sont touchés. Remis en question par certains, Big Fish et Charlie forment le fondement d’une pensée en mutation qu’il serait dommage de négliger.
Tout le pense pense (re)trouver son compte quand, la même année, sort son film d’animation, 10 ans après L’étrange Noël de M. Jack, tourné dans les mêmes conditions. Las, ces Noces Funèbres semblent à nouveau sonner le glas d’un artiste retombant dans ses travers initiés sur Le cavalier sans tête : le schématisme est de rigueur, la dichotomie vivant-mort d’une lourdeur accablante. Le différend artistique avec Danny Elfman ne fait que renforcer le malaise. Les années passent, et un Burton étant quoi qu’il arrive un événement, l’annonce d’un film où sévit une espèce de Jack L’éventreur dans un Londres lugubre, ranime le cœur d’aficionados irrémédiablement circonspects. Ce sera Sweeney Todd.

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Noir c’est noir, disait la chanson. Et c’est peu dire qu’elle sied comme un gant à ce métrage composé essentiellement de trois couleurs, dont deux n’en sont pas : le noir et le blanc, tel que Burton les avait imaginés pour Les Noces Funèbres, et le rouge, venant à plusieurs reprises déchirer le rideau de tristesse qui enveloppe le film. Formellement, une fois n’est pas coutume, ces dégradés clairs-obscurs, cette chape de plomb sans couleur, sans âme, qui recouvre la capitale anglaise, rappellent les plus sombres, les plus désespérés poèmes de Baudelaire, qui sont aussi les plus beaux.

Dans le même esprit que l’auteur Fleurs du Mal, Burton dépeint son personnage principal comme un mort-vivant, venu tirer les vivants par les pieds pour les entraîner dans sa ronde de mort. En rendant un hommage impressionnant au Nosferatu de Murnau dès la séquence d’ouverture (le bateau crevant la brume sur la Tamise), il fait de son Benjamin Barker, désormais Sweeney Todd, un Vlade Drakul avec qui il partage la perte de l’être adoré, lui conférant une aura romantique certaine. L’amour, un peu bête (ce que l’on perçoit dans les visages béats et naïfs des parents dans les flashbacks), mais désormais la haine, la soif de vengeance contre l’espèce humaine à laquelle il ne peut-veut plus appartenir : toujours dans cette première séquence, un jeune marin, qui aurait pu être Barker avant le drame, chante sa joie d’arriver en Angleterre par un « this is London » dont le côté sirupeux ne peut nous échapper. Si elle vous a échappé, impossible de la rater quand Sweeney Todd fait une entrée d’une violence subtile mais puissante bord cadre droit, pour reprendre le « this is London » avec une ironie haineuse qui pose le personnage, et assoit la dualité d’un film – et de personnages – tiraillé entre le romantisme hugolien et la noirceur baudelairienne.

Inutile de dire que Johnny Depp, l’alter-ego de Burton depuis toujours, trouve là un de ses meilleurs rôles, dans la composition d’un « fantôme du passé » en quête d’une identité familiale. Si la première partie peut sembler moins intéressante du point de vue de la progression d’une intrigue somme toute fine comme une feuille à cigarette, c’est parce que Burton a choisi de brosser une galerie de portraits, et si le film tâtonne, il ne fait qu’embrasser les errements de Todd dans les ruelles des bas-quartiers à la recherche de son Moi, qu’il trouvera par l’entremise de ses rasoirs (ligne de dialogue on ne peut plus claire). Dans cette même scène, Feu Barker incite Mrs Lovett à l’appeler « désormais » Sweeney Todd, afin de marquer un nouveau départ.

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Et nous voilà partis pour une deuxième partie percluse de gore, ce à quoi ne nous avait pas habitué le réalisateur d’Ed Wood, mais paradoxalement ne génère pas un intérêt massif, comme si de reprendre -ou de commencer – le fil de l’histoire nous avait montré ses propres limites. La bluette entre le mousse et la jeune fille, bien que dans l’esprit de l’Opéra, semble servir de rouage scénaristique, les tueries de Todd de musique d’attente jusqu’à ce que le juge Turpin daigne revenir chez le barbier. On piétine sec, mais le principal reste sauf : Burton continue son exploration de l’âme pourrie de Todd en en faisant un véritable monstre prêt à tuer femme et enfant pour assouvir sa vengeance. Il n’est pas question de pulsions, mais bien de préméditation dans une mécanique apparemment sans faille, où Todd fait lui-même office de robot (la répétition sans sentiment visible de ses gestes vont dans ce sens) : perte complète de son humanité à partir du moment où il transforme l’Homme en viande. En leur enlevant cette dimension, il se vide lui-même de son humanité.

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Face à lui, Mrs Lovett (Helena Bonham-Carter, Madame Burton) lui offre sur un plateau une échappatoire, la possibilité de recommencer le bonheur passé, mais à travers une séquence onirique pleine de couleurs, Tim Burton rend impossible cette liaison, son personnage appartenant définitivement au passé, toujours en noir et blanc quand Mrs Lovett lui offre dans ses rêves d’avenir un monde bleu et jaune. De quoi renforcer le romantisme désespérant et désespéré de Sweeney Todd, incapable de reconnaître le bonheur quand il se présente face à lui, incapable de contenir sa haine contre le monde face à sa propre fille, sa propre femme. A tout jamais, il est l’auteur de son malheur, inscrit dans la pierre comme Quasimodo et Esmeralda dans la poussière dans les première pages du chef-d’œuvre de Victor Hugo, ce à quoi Burton rend également hommage à travers un plan final qui restera pour longtemps dans les mémoires.

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Sweeney Todd est un film d’une noirceur abyssale, rarement à l’œuvre chez Tim Burton. C’est un véritable cauchemar, comme si son auteur avait voulu consigner sa peur de perdre ce qu’il a de plus cher aujourd’hui : une famille, comme s’il voulait la protéger d’un monde déliquescent, vicieux, lâche et cruel. Contre les hommes, Burton envoie un ange exterminateur revenu d’entre les morts pour se venger, oubliant au passage de faire revivre un passé pas si passé que cela. Bien sûr, comme souvent chez Burton, l’émotion n’y est pas, du moins pas dans le sens où on l’entendrait. On a envie de s’attacher à une histoire, à des personnages, romantiques, mais rien, ou si peu, ne vient. Il faut creuser pour arriver à s’émouvoir de l’histoire de Sweeney Todd. Un grand film cependant.

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