INGLOURIOUS BASTERDS

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Quand Tarantino s’attaque au film de guerre, on est en droit de s’attendre à un film somme, un hommage vibrant au genre, comme le furent Jackie Brown pour la Blaxploitation et Kill Bill pour la Shaw Brothers. Quand Tarantino s’attache les services d’une brochette d’artistes reconnus, Brad Pitt en tête de gondole, on est en droit de s’attendre à un festival de caractères plus trempés les uns que les autres. Mais Tarantino étant Tarantino, on est surtout en droit de s’attendre à une pléiade de surprises. Le mot “surprise” rimant de manière de plus en plus récurrente chez l’auteur de Pulp Fiction avec “déception”. Inglorious Basterds n’y coupe pas, et enfonce le clou de la nonchalance planté par Boulevard de la Mort.

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A croire que contrairement à beaucoup de cinéastes qui se bonifient au fil de leur carrière, QT a commencé par tourner ses chefs-d’oeuvre pour ensuite radoter, tourner en rond, et se caricaturer lui-même. Jusqu’à Kill Bill, sa filmo avait le mérite de la cohérence et d’une réelle évolution (voir le rôle de la femme, grandissant). Chez ses Bâtards, on retrouve des personnages féminins forts – Shoshanna, la vengeance rivée au coeur ; Diane Kruger, en espionne inspirée de Marlene Dietrich. Mais leur incarnation paraît bien terne, bien légère compte tenu du contexte, et par rapport aux monstres Brad Pitt (à hurler de rire) et surtout Christoph Waltz, dans la peau d’un officier nazi exquis de raffinerie et matérialisation idéale de l’horreur hitlérienne. Il est la révélation du métrage, l’arbre qui aurait tendance à cacher la forêt.

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Question scénario, là aussi, terrain connu : chapitrage, chronologie malléable, scènes dialoguées avec verve. Mais l’ensemble sent la formule, pré-mâchée, recrachée, à peine adaptée à une histoire pour le coup montée à l’emporte-pièces, la science du montage propre à la technique tarantinienne s’avérant ici une réelle faiblesse, temps morts et temps faibles s’articulant au petit bonheur la chance. Il faut tout le talent des têtes d’affiches pour sublimer des monologues qui, dits par le premier venu, tomberaient à plat. Ce qui arrive dans les séquences “françaises” où, cet c’est malheureux de le reconnaître, le manque de charisme, le naturel à la Truffaut, ou la magie façon Demy, les rendent imbuvables.

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En pointant ici ou là tel ou tel détail, on ne peut que constater l’échec que représente le septième film de Tarantino. Mais voilà, bien que conscient de la quasi-arnaque que semble être le film, d’une manière générale, et au final c’est tout ce qui importera, on ressent un grand plaisir à suivre les tribulations d’une bande de scalpeurs juifs, un grand plaisir à détester le colonel Landa, un grand plaisir à admirer la reconstitution fantasmée de la France occupée (rappelons le panneau initial qui place l’intrigue dans le domaine du conte), un grand plaisir à savourer les divers hommages à certains pans entiers du cinéma (le western, Ennio Morricone à l’appui, pour notamment une séquence d’ouverture monumentale ; et plus globalement le cinéma européen, l’Italie en fer de lance – ne serait-ce que pour l’emprunt du titre à la série B de Castellari), un grand plaisir enfin à voir Hitler et Goebbels se faire littéralement massacrer dans une scène grand-guignolesque aux relents oniriques.

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Le résultat, mitigé si l’on prend en compte chaque partie “technique” séparément, s’avère ludique et vraiment entraînant, Tarantino étant passé maître dans l’art de l’entourloupe pour couvrir ses lacunes de purs moments de folie, de magie, de cinéma. Parce qu’après avoir théorisé autour de son propre langage, après avoir inscrit son art dans le courant pop, QT en aurait marre de penser ses oeuvres : il vivrait son cinéma seulement, au risque d’y laisser des plumes (des fans), mais pour gagner en plaisir personnel, et le transmettre.

Because he loves making movies, because we love watching movies.

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