TITANIC

12112010

 

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Titanic, 1912 : 3 ans de construction, 269 m de long, 28 m de large, 53 m de hauteur, 46000 tonneaux de jauge brute (tjb), 885 membres d’équipage, capacité de 2371 passagers répartis en 3 classes, 10 ponts.
10 avril : appareillage.
12 avril : le paquebot reçoit un message l’avertissant de la présence d’icebergs dérivants.
14 avril, 23h40 : 1451 miles parcourus, 22.5 nœuds de vitesse, par 41°46′ N et 50°14′ O, le Titanic heurte un iceberg.
15 avril, 2h20 : le Titanic sombre…
1500 victimes, dont la quasi-totalité de l’équipage, 1/4 des femmes, 3/4 des hommes et la moitié des enfants présents. 700 rescapés.

Titanic, 1997 :
Construction d’une réplique longue de 236 m, d’un bassin artificiel de 410m de long, de 35000 m2, rempli de 65 millions de litres d’eau de mer. 1500 ouvriers.
Plus de 200 millions de budget, 1.8 milliard de recettes, 20.8 millions de spectateurs France.

Cela fait beaucoup de chiffres, j’en conviens, mais en général, c’est tout ce que l’on retient de ce drame : l’ironie du sort qui envoie une sorte de Tour de Babel se fracasser contre la nature toute puissante, et la démesure d’un réalisateur rompu à exploser les records en terme de budget. James Cameron, puisqu’il s’agit de lui, est également habitué au lynchage d’une presse bien-pensante : Titanic était vouée selon elle à une gamelle historique, un bide retentissant qui allait enterrer enfin définitivement la carrière de cet autodidacte gênant. Le résultat un pur chef-d’œuvre, un film pour ainsi dire parfait qui s’inscrit logiquement dans la continuité de la filmo de Cameron, et qui révèle au monde l’incroyable humanisme de cet homme plus intéressé par la vie que par la technologie, quoi qu’on en dise.
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Paradoxalement, c’est l’entre-croisement entre cette technologie et l’homme qui la rend nocive, et donc l’homme qui devient responsable de sa propre perte : le Titanic coule pour une erreur de navigation du commandant Smith, également à cause de l’orgueil de Bruce Ismay, le concepteur du paquebot. On peut bien sûr y voir un signe religieux, dans la mesure où Dieu, à travers la nature sa plus fidèle alliée, rappelle à l’homme sa condition imparfaite, de même son libre arbitre qui le pousse invariablement à s’auto-détruire plus ou moins involontairement (à l’image de Miles Dyson dans Terminator 2, le créateur de Cyberdine).

Le combat de l’homme contre la technologie, le combat de l’homme contre la nature,…tout dans Titanic est histoire de duel, de double, en premier desquels l’ambivalence entre réalité et fiction. Dans un simple mais savant fondu, Cameron lie ces deux notions dès le générique de début, en filmant en sépia (façon documentaire) le départ du Titanic en plein jour pour aboutir donc à un plan de nuit de l’océan (la fiction).
Sauf que voilà : la partie “documentaire” relève de la fiction, par l’entremise d’une caméra placée dans l’image, du jeu sur la couleur, mais également par l’utilisation d’un ralenti, rappelant par là le caractère artistique de la séquence. A l’inverse, le plan sur l’océan débouche su de véritables images documentaires, puisque Cameron a plongé à plusieurs reprises pour étudier l’épave (dans des sous-marins qui évoquent ceux d’Abyss, et plus généralement la figure du mécha chez le cinéaste).
Fiction ou réalité ? Big Jim les entremêlera tout au long de son récit, pour au final évoquer la puissance de l’histoire au détriment de l’Histoire (l’explication du naufrage par Lewis, irrespectueuse, le confirme), le but étant avant tout de rendre hommage aux victimes sans tomber dans le sensationnalisme ou le sentimentalisme aigus.
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Pour ce faire, Cameron choisit de ne pas raconter bêtement une histoire d’amour dont tout le monde pourrait se foutre, si elle ne se passait pas sur un bateau qui coule (mais après quand même 1h30 de métrage !!), si surtout elle n’était pas décrite à travers un regard artistique, spécifiquement mythologique :
1. La première fois que Jack voit Rose est une évocation immanquable du célèbre “ce fut une apparition” de Flaubert dans L’Éducation Sentimentale, un roman où une histoire d’amour similaire se déroule sous fond de révolution de 1848.
2. La “visite” du pont des machines cite le mythe d’Orphée aux enfers, où le poète (rappelons que Jack est lui aussi un artiste, dessinateur) sauve sa belle de la mort…L’orchestre jouera un extrait de la pièce musicale d’Offenbach plus tard dans le film…
3. Cameron filme les amants à chaque fois dans un cadre précis, extrêmement pictural (le baise-main dans l’escalier, un angelot au second plan), avec une utilisation des couleurs impressionniste (Rose possède un tableau de Monet) irréaliste mais proprement poétique.
4. L’océan prend des allures de Styx, fleuve infernal mythologique, quand le canoë part à la recherche d’éventuels survivants à la fin.
J’en passe, le film est truffé de ces références qui donne un caractère tragique à l’événement, et d’une certaine façon, immortalise à tout jamais les amants et tous ceux qui y ont péri. Le meilleur hommage qui puisse exister, rendre l’amour éternel à travers la mort (un motif tout à fait cameronien – voir Kyle Reese (Terminator), et Lindsay (Abyss)).

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Impossible de fait de ne pas s’attacher à tous ces personnages, même les plus antipathiques, que ce soit Cale (qui cherche malgré tout sa fiancée sur le pont du Carpathia) ou encore Ismay (descendant dans son Canoë comme à l’échafaud), Cameron en faisant avant tout des hommes, avec tout les défauts que l’humanité sous-entend, invitant même le spectateur à se questionner sur ses propres choix dans pareille situation (avec une nuance pour Lovejoy, le triste sir au nom ironique, un véritable Terminator !!).
On pourra toujours reprocher au réalisateur d’esquisser des stéréotypes, défaut imputé au récent mais tout aussi magistral AVATAR, mais ce serait mal comprendre James Cameron : dans tous ses films, un personnage, central et principalement féminin, est voué à évoluer (ici Rose qui cherche à se libérer des barrières sociales) au milieu de figures symboliques.Car Cameron est un symboliste, un artiste qui ne cherche pas “la logique” mais ” le rêve”(référence à Freud via Rose), comme l’explique Rose à propos du tableau de Picasso (tableau qui n’était pas présent physiquement sur le paquebot, ce qui souligne le caractère justement symbolique de l’histoire). Surtout, dans un monde où la femme se doit d’être figée, robotique (à l’image de cette fillette qu’observe Rose dans le salon), la vocation du personnage féminin à se débattre (telle une Sarah Connor) dans un monde masculin stéréotypé n’en devient que plus révélatrice des luttes de l’époque – et toujours actuelles – la place de la femme dans la société et la lutte des classe.

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Mais plus que tout, Titanic est un un film en trois dimensions. Oui, vous lisez bien, bien avant Avatar, James Cameron réussit à faire de son film un métrage en relief…sans le relief ! Cette troisième dimension est sensible, sensuelle, appelons-la comme on voudra… Toujours est-il que Titanic fait appel à tous nos sens :
1. Tout d’abord le Toucher : la main est au cœur du film, depuis le générique de début qui voit des mains s’agiter devant le paquebot, jusqu’à celle plaquée sur une vitre embuée dans une voiture. Parce que la main est le lieu de rencontre des amants, c’est par un gros plan sur leurs mains se joignant alors que Rose voulait se suicider que Cameron décide de lier leurs destins. Ce sont ces mêmes mains qui s’entrelacent avant le premier baiser (avant de rappeler le caractère mortifère de l’amour – eros et thanatos – dans un effet spécial éloquent). C’est en dessinant que Jack touche le corps nu de Rose, carressant du bout des doigts l’esquisse de sa poitrine, faisant de ce moment une séquence à l’érotisme sobre.
2. La Vue : on n’y revient pas, le regard est aussi ce qui lie les amants, depuis la première apparition de Rose aux yeux de Jack, jusqu’à ces plans sur son œil artiste quand il a dessine.
3. L’Ouïe : la musique de James Horner, qui semble ne jamais s’arrêter, fait plus qu’accompagner les images. Elle joue le rôle de choryphée antique, donne une dimension mythologique et tragique qui contribue à rendre l’histoire intemporelle.

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Voilà, cette critique est un peu longue, mais je me devais, moi, de rendre hommage à Titanic, que beaucoup ne voient que comme une bluette pour midinettes sur un bateau qui coule… Le film de James Cameron n’est surtout pas cela, il est même tout sauf cela : Titanic ne peut résumer à ce ptich mensonger ; Titanic ne peut se résumer à quelques chiffres impressionnants ; Titanic ne peut se résumer à ces remarques cinéphiliques…
Titanic est un cri du cœur, celui de son metteur en scène, l’humaniste le plus incompris du monde du cinéma, celui du spectateur, happé par ce tourbillon d’émotions, d’images, de sons.
Titanic, je l’ai vu 6 fois au cinéma, plus de 15 fois au total, et l’impact est resté le même : je verse des larmes en admirant la pureté d’un amour voué à la mort qui le rendra paradoxalement éternel, je verse des larmes en voyant cette vieille dame rejoindre au cœur de l’océan ses amis et son amant, ses compagnons de malheur pour toujours gravés dans la pierre cinématographique sous l’œil bienveillant du meilleur metteur en scène en activité…

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“La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.”

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Correspondances

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