SCREAM 3

1022011
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Puisqu’il faut finir ce qu’on a commencé, Wes Craven s’attèle au dernier volet de sa trilogie avec la passion d’un fonctionnaire à trois jours de la retraite. Plus intéressé par son projet de série A qui pourrait lui valoir la reconnaissance du métier (La Musique de Mon Cœur), le cinéaste met en images un scénario bancal et volontairement avare en scènes chocs, l’humour parodique prenant définitivement le pouvoir sur l’horreur pure. Paradoxalement, même si Scream 3 est sans conteste un beau ratage à côté duquel Scream 2 pourrait passer pour un chef-d’œuvre, il n’en reste pas moins bien plus intéressant.

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Formellement, la mise en scène est en mode automatique, mécanique, incapable d’insuffler un semblant de rythme et d’atmosphère fluide et prenant, la faute à une intrigue foutraque où Williamson glisse des clins d’œil inutiles et encombrants (Carrie Fisher, en soi rigolote) et mise sur des effets de distanciation gratuits. A l’instar du dernier volet de Spiderman, les auteurs essaient de déconstruire le mythe autour de la tragédie de Woodsboro en confrontant ses acteurs à sa reproduction fictionnelle : Gale Weathers rencontre ainsi un double caricatural qui la place face à ses défauts, Dewey devient un consultant de prestige, et entre les deux mondes, la mort établit un pont où tous sont égaux.

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Véritablement chiant quand il s’applique à raconter une histoire dont on se fout comme de l’an 40, le film séduit par son concept qui en fait la suite directe du premier opus : Craven reprend la réflexion amorcée sur le théâtre dans le théâtre, l’illusion de la vie et du cinéma, ce que le n°2 avait laissé en friche (hormis la séquence du théâtre grec, formidable, où les masques tournent autour de Sid comme dans une danse macabre où les effets spéciaux sont artistement désignés). Pour preuve, Stab 2 (la suite de l’adaptation du drame) est en fait un vrai-faux remake, ce qu’était Scream 2 pour Scream 1 ! Tout cela mis bout à bout, on comprend la volonté du réalisateur de Freddy Sort de la Nuit qui, en retournant aux origines de l’art de la représentation, affirme le caractère mensonger du cinéma, et son aspect tragique dans la mesure où la mort – de l’image ? – vient nous rappeler la mort véritable.

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Tel est le seul intérêt d’avoir situé l’action du métrage au sein de l’industrie hollywoodienne. Williamson voulait certainement dévoiler l’envers du décor et les dessous peu glorieux de l’usine à rêves (à cauchemar nous dirait Craven) comme un crachat à la face de ses employeurs ; c’était sans compter sur le professionnalisme, même grabataire, d’un maître de l’épouvante qui parvient à transcender les atermoiements cyniques d’un jeune loup opportuniste, avec un discours profond sur la relation art-mort. Un nouveau Boulevard du Crépuscule, maladroit, dérisoire, mais finalement sincère. Sincèrement raté donc, à l’image de ce final grotesque, poussif et répétitif où l’automate Craven reprend le fil d’une histoire que tous avons hâte de voir finir.

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Depuis, le cinéaste s’est abîmé dans des métrages insipides mais a eu plus ou moins de bonheur en produisant les remakes de ses propres films. Alors, Wes Craven, mort en enterré avec son art ? On attend – ou pas – Scream 4 – et oui… – pour dresser la pierre tombale ou se féliciter du retour d’un Master of Horror.

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SCREAM 2

1022011
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Malgré les critiques visant le cynisme de l’entreprise, Scream aura été sacrément efficace et surtout très rentable. Succès oblige, les Wenstein Bros. réinvestissent la même équipe pour ce qui sera une trilogie. Problème, personne ne prend le temps de digérer la réussite du film et la suite est lancée dans l’urgence. Le résultat s’en ressent et s’avère plus que décevant, livrant une espèce de vrai-faux remake qui tente de répondre au cahier des charges inhérent à toute suite : better, stronger, faster.

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Deux bonnes idées toutefois permettaient d’envisager Scream 2 autrement, d’autant qu’elles sont mises en place dès l’entame. D’abord Craven approfondit sa mise an abîme du premier opus en situant l’action de son prologue au sein d’une salle de ciné projetant Stab…l’adaptation à l’écran de la tragédie de Woodsboro, soit Scream 1 ! A l’intérieur, des centaines de fans ont endossé la tenue münchéenne du tueur, parmi lesquels un vrai meurtrier, fondu dans la masse, et pour un peu on pourrait croire que Craven stigmatise l’influence de la fiction sur le comportement humain et celle de la violence cinématographique sur la psychologie adolescente. Non seulement ce n’est pas nouveau (Tueurs Nés) mais en plus Craven n’apporte rien et abandonne une éthique au spectacle de la mort, mis en scène ludiquement et donc sans la distance nécessaire. L’autre bonne idée, pareillement gâchée, est à mettre au crédit du scénariste Kevin Williamson qui disserte sur la place des noirs dans le cinéma d’épouvante. Effet de distanciation au goût tarantinien, l’excellence du dialogue en moins, dont le dénouement – la mort effective desdits noirs – souligne le caractère fictionnel de ce que l’on voit. Clairement, on est au cinéma et on nous le démontre en ironisant sur le genre. Au moins les auteurs ont le mérite de la logique dans leur entreprise de démolition de leur art.

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Scream 2 fait déjà état du désintérêt croissant de Wes Craven pour une franchise dont il se sent prisonnier (mais grâce à laquelle il pourra tourner La Musique de mon Cœur) : la réalisation est fainéante, recycle les motifs du premier jusqu’à la bande son, systématique et caractérisante – au mieux sont-ils prolongés sans aller jusqu’à leur aboutissement. Comme le dit Randy, une suite, c’est le même, avec plus de sang, de victimes, de suspects. Plus de poudre aux yeux donc. Car non content d’enfoncer les portes ouvertes par Scream premier du nom, la suite se contente de citer, au sein d’une séquence forcée, quelques suites célèbres afin de déterminer qu’en général, les n°2 sont ratés. Williamson pense certainement être au service d’une œuvre comme L’Empire Contre-Attaque ou Le Parrain 2, mais sa paresse combinée à l’automatisme de la mise en scène du père de Freddy empêchent le métrage de n’être autre chose que la parodie de sa parodie. Si la réédition fonctionne pendant une petite moitié, l’impression de déjà vu l’emporte jusqu’à un final capillo-tracté où une fausse réflexion sur la violence artistique laisse un goût amer de gâchis. En plus de la sensation que n’importe quel personnage, le plus improbable soit-il, peut devenir tueur, et ce ad aeternam (l’intrigue du dernier volet l’atteste violemment).

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Scream, en tant que trilogie, entérine avec cet opus 2 le coup de fusil dans le pied que se donnent avec suffisance ses auteurs. Craven fait montre d’une efficacité toute relative, s’appuyant sur des acquis forts mais vieillissants ; Williamson tourne déjà en rond ; les acteurs se singent. Parfaitement raté en tant que pièce centrale d’un triptyque, Scream 2 peut à la rigueur faire illusion isolé, mais toujours en faisant abstraction de motivations douteuses.

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SCREAM

1022011
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Si aujourd’hui nous sommes abreuvés de franchises, de remakes des classiques de l’horreur eighties, c’est en grande partie à cause de Scream, le dernier bon film efficace de Wes Craven (il faut quand même revenir au siècle dernier !). Mais si Scream existe, c’est aussi parce qu’il se pose en synthèse des sagas horrifiques où un boogeyman déboulonnait des adolescents crétins et (trop) libérés. D’où une profonde dichotomie entre l’œuvre visuelle (modernisant les vieux clichés) et un discours cynique qui est à mettre au crédit d’un scénariste opportuniste qui, au lieu de rendre l’hommage que le genre méritait (à l’instar de Braindead, de Peter Jackson, pour le gore), l’enterre pour plusieurs années.

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Pourtant, l’entrée en matière est un modèle d’efficacité, et ses multiples parodies assoient le statut culte de la séquence : la présence de Drew Barrrymore, d’abord, guest-star que l’on attend en héroïne et qui finit les tripes à l’air pendue à un arbre dès le premier quart d’heure, convoquant ici le spectre hitchcockien de la mort de Janet Leigh dans Psychose. La mise en scène ensuite fait monter la tension avec des effets d’une simplicité proverbiale, entre le pop corn en cuisson et le téléphone inarrêtable. On retrouve un leitmotiv du cinéma de Craven, la mort qui fait irruption dans un quotidien qui tourne au cauchemar : raccrocher le téléphone, et c’est mourir. Dernière trouvaille et non des moindres, le costume du tueur s’inspire du tableau de Münch, Le Cri, un choix judicieux puisque la Mort devient un prolongement artistique (idée un peu douteuse, certes) à la toile et à ses interprétations.

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Dès lors que la tête d’affiche présumée est éliminée, Wes Craven peut peindre sa galerie de personnages incarnés par des « débutants », en tous cas des inconnus ou presque. Même si le cinéaste n’évite pas la caricature et les archétypes du genre, le spectateur se trouve confronté à une pléiade de suspects potentiels ayant chacun leur part d’ombre et une motivation au meurtre que Williamson n’omet jamais. La seule victime au -dessus de tout soupçon reste Sidney, vierge renfermée qui prend les traits de Neve Campbell, intronisée Scream-Queen deux décennies après Jamie Lee Curtis. Mais Craven s’ingénie à détourner ses stéréotypes narratifs en allant à l’encontre des règles conservatrices du slasher (citées intra-film via le cinéphile de service, personnage qui lui permet de la distanciation sans avoir l’air d’y toucher). N’importe qui peut mourir à tout moment, jusqu’au proviseur qui fait les frais de la gratuité des choix du tueur. Encore un moyen de semer le trouble dans l’esprit du public dont les repères référentiels volent en éclat petit à petit.

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Scream fait donc apparemment souffler un vent de fraîcheur sur le slasher poussiéreux qu’il cite (Halloween en premier lieu), une fraîcheur dédouanée au creux de l’intrigue cela dit, par la volonté de s’appuyer ouvertement et fermement, mais avec distance et même ironie, sur le genre. En fait, l’auteur de La Dernière Maison Sur la Gauche travaille une thématique essentielle à son cinéma, la mise en abîme, le théâtre dans le théâtre. En admirateur de Shakespeare, Craven joue avec les masques, au sens propre et figuré, met en scène des personnages se mettant en scène (le meurtre de Billy post-coït), placent dans leur bouche des répliques « cinématographiques » (« je reviens tout de suite »), pour inviter le spectateur à réfléchir sur la circulation artistique et l’appréhension du genre en tant que tel. Néanmoins l’humour noir compose un frein à cette réflexion, au point de n’y voir que le cynisme irrespectueux d’un vieux briscard crachant dans la soupe.

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Wes Craven avait déjà tenté, et réussi, une méditation sur l’art du mensonge qu’est le cinéma par nature : avec Freddy sort de la Nuit , il confrontait la « réalité » à la fiction et questionnait en profondeur le pouvoir de l’image et de l’imagination. Deux ans plus tard, toute sa bonne volonté à créer un slasher pur jus soutenu par une mise en scène très graphique se trouve abattue par un mercenaire de l’horreur, Kevin Williamson, scénariste qui précipite la chute d’un genre populaire autant que celle d’un de ses plus fidèles représentants. Triste.

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