MANIAC

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On prend souvent Henry portrait of a serial killer comme exemple type du film de… serial killer. Peut-être parce qu’il ne donne aucune signification ou indication sur les motivations d’Henry. Mais on aurait tendance à oublier un mètre étalon en la matière, ce Maniac, dirigé par un William Lustig qui se fera une spécialité de ce genre de films sans concession (maniac cop, vigilante), interprété par un Joseph Zito d’autant plus habité qu’il a lui-même porté ce projet à bout de bras, et même écrit.

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Autant dire qu’à l’écran, le tueur et l’acteur ne font qu’ »un ». Tourné avec des bouts de ficelles, le côté cheap de l’entreprise et plus particulièrement de l’image renforce un réalisme malsain, crasse, reflet d’une autre facette de la société, celle des laisser-pour-compte, celle qui a définitivement abandonné l’idée de pouvoir un jour accéder à l’American way of life.

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Difficile donc, d’entrer dans l’univers pour le moins tourmenté de ce pauvre diable poursuivi par un complexe d’œdipe inaltérable. Car on est happé, emmené de force dans son esprit torturé, où l’on assiste, impuissant tel ses victimes, à des tueries gratuites et particulièrement «saignantes» (grâce soit rendue à Tom Savini, le maquilleur de la trilogie de Romero, qui en plus réalise ici les séquences où ses SFX interviennent). Les ligues de protection de la femme peuvent crier au scandale, il n’y a aucun sensationnalisme dans la présentation des meurtres, aucune forme de délectation dans la vision de ces corps dégradés : le tueur lui-même prend conscience de sa maladie et ses actes lui coûtent presque autant (!!!!!) qu’à ses victimes.

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Le final n’a pas fini de hanter les nuits des plus aguerris à ce type de spectacle. Un classique qui en dit plus que bon nombre de documentaires sur la société américaine des 80s.

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SCREAM 2

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Malgré les critiques visant le cynisme de l’entreprise, Scream aura été sacrément efficace et surtout très rentable. Succès oblige, les Wenstein Bros. réinvestissent la même équipe pour ce qui sera une trilogie. Problème, personne ne prend le temps de digérer la réussite du film et la suite est lancée dans l’urgence. Le résultat s’en ressent et s’avère plus que décevant, livrant une espèce de vrai-faux remake qui tente de répondre au cahier des charges inhérent à toute suite : better, stronger, faster.

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Deux bonnes idées toutefois permettaient d’envisager Scream 2 autrement, d’autant qu’elles sont mises en place dès l’entame. D’abord Craven approfondit sa mise an abîme du premier opus en situant l’action de son prologue au sein d’une salle de ciné projetant Stab…l’adaptation à l’écran de la tragédie de Woodsboro, soit Scream 1 ! A l’intérieur, des centaines de fans ont endossé la tenue münchéenne du tueur, parmi lesquels un vrai meurtrier, fondu dans la masse, et pour un peu on pourrait croire que Craven stigmatise l’influence de la fiction sur le comportement humain et celle de la violence cinématographique sur la psychologie adolescente. Non seulement ce n’est pas nouveau (Tueurs Nés) mais en plus Craven n’apporte rien et abandonne une éthique au spectacle de la mort, mis en scène ludiquement et donc sans la distance nécessaire. L’autre bonne idée, pareillement gâchée, est à mettre au crédit du scénariste Kevin Williamson qui disserte sur la place des noirs dans le cinéma d’épouvante. Effet de distanciation au goût tarantinien, l’excellence du dialogue en moins, dont le dénouement – la mort effective desdits noirs – souligne le caractère fictionnel de ce que l’on voit. Clairement, on est au cinéma et on nous le démontre en ironisant sur le genre. Au moins les auteurs ont le mérite de la logique dans leur entreprise de démolition de leur art.

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Scream 2 fait déjà état du désintérêt croissant de Wes Craven pour une franchise dont il se sent prisonnier (mais grâce à laquelle il pourra tourner La Musique de mon Cœur) : la réalisation est fainéante, recycle les motifs du premier jusqu’à la bande son, systématique et caractérisante – au mieux sont-ils prolongés sans aller jusqu’à leur aboutissement. Comme le dit Randy, une suite, c’est le même, avec plus de sang, de victimes, de suspects. Plus de poudre aux yeux donc. Car non content d’enfoncer les portes ouvertes par Scream premier du nom, la suite se contente de citer, au sein d’une séquence forcée, quelques suites célèbres afin de déterminer qu’en général, les n°2 sont ratés. Williamson pense certainement être au service d’une œuvre comme L’Empire Contre-Attaque ou Le Parrain 2, mais sa paresse combinée à l’automatisme de la mise en scène du père de Freddy empêchent le métrage de n’être autre chose que la parodie de sa parodie. Si la réédition fonctionne pendant une petite moitié, l’impression de déjà vu l’emporte jusqu’à un final capillo-tracté où une fausse réflexion sur la violence artistique laisse un goût amer de gâchis. En plus de la sensation que n’importe quel personnage, le plus improbable soit-il, peut devenir tueur, et ce ad aeternam (l’intrigue du dernier volet l’atteste violemment).

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Scream, en tant que trilogie, entérine avec cet opus 2 le coup de fusil dans le pied que se donnent avec suffisance ses auteurs. Craven fait montre d’une efficacité toute relative, s’appuyant sur des acquis forts mais vieillissants ; Williamson tourne déjà en rond ; les acteurs se singent. Parfaitement raté en tant que pièce centrale d’un triptyque, Scream 2 peut à la rigueur faire illusion isolé, mais toujours en faisant abstraction de motivations douteuses.

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SCREAM

1022011
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Si aujourd’hui nous sommes abreuvés de franchises, de remakes des classiques de l’horreur eighties, c’est en grande partie à cause de Scream, le dernier bon film efficace de Wes Craven (il faut quand même revenir au siècle dernier !). Mais si Scream existe, c’est aussi parce qu’il se pose en synthèse des sagas horrifiques où un boogeyman déboulonnait des adolescents crétins et (trop) libérés. D’où une profonde dichotomie entre l’œuvre visuelle (modernisant les vieux clichés) et un discours cynique qui est à mettre au crédit d’un scénariste opportuniste qui, au lieu de rendre l’hommage que le genre méritait (à l’instar de Braindead, de Peter Jackson, pour le gore), l’enterre pour plusieurs années.

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Pourtant, l’entrée en matière est un modèle d’efficacité, et ses multiples parodies assoient le statut culte de la séquence : la présence de Drew Barrrymore, d’abord, guest-star que l’on attend en héroïne et qui finit les tripes à l’air pendue à un arbre dès le premier quart d’heure, convoquant ici le spectre hitchcockien de la mort de Janet Leigh dans Psychose. La mise en scène ensuite fait monter la tension avec des effets d’une simplicité proverbiale, entre le pop corn en cuisson et le téléphone inarrêtable. On retrouve un leitmotiv du cinéma de Craven, la mort qui fait irruption dans un quotidien qui tourne au cauchemar : raccrocher le téléphone, et c’est mourir. Dernière trouvaille et non des moindres, le costume du tueur s’inspire du tableau de Münch, Le Cri, un choix judicieux puisque la Mort devient un prolongement artistique (idée un peu douteuse, certes) à la toile et à ses interprétations.

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Dès lors que la tête d’affiche présumée est éliminée, Wes Craven peut peindre sa galerie de personnages incarnés par des « débutants », en tous cas des inconnus ou presque. Même si le cinéaste n’évite pas la caricature et les archétypes du genre, le spectateur se trouve confronté à une pléiade de suspects potentiels ayant chacun leur part d’ombre et une motivation au meurtre que Williamson n’omet jamais. La seule victime au -dessus de tout soupçon reste Sidney, vierge renfermée qui prend les traits de Neve Campbell, intronisée Scream-Queen deux décennies après Jamie Lee Curtis. Mais Craven s’ingénie à détourner ses stéréotypes narratifs en allant à l’encontre des règles conservatrices du slasher (citées intra-film via le cinéphile de service, personnage qui lui permet de la distanciation sans avoir l’air d’y toucher). N’importe qui peut mourir à tout moment, jusqu’au proviseur qui fait les frais de la gratuité des choix du tueur. Encore un moyen de semer le trouble dans l’esprit du public dont les repères référentiels volent en éclat petit à petit.

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Scream fait donc apparemment souffler un vent de fraîcheur sur le slasher poussiéreux qu’il cite (Halloween en premier lieu), une fraîcheur dédouanée au creux de l’intrigue cela dit, par la volonté de s’appuyer ouvertement et fermement, mais avec distance et même ironie, sur le genre. En fait, l’auteur de La Dernière Maison Sur la Gauche travaille une thématique essentielle à son cinéma, la mise en abîme, le théâtre dans le théâtre. En admirateur de Shakespeare, Craven joue avec les masques, au sens propre et figuré, met en scène des personnages se mettant en scène (le meurtre de Billy post-coït), placent dans leur bouche des répliques « cinématographiques » (« je reviens tout de suite »), pour inviter le spectateur à réfléchir sur la circulation artistique et l’appréhension du genre en tant que tel. Néanmoins l’humour noir compose un frein à cette réflexion, au point de n’y voir que le cynisme irrespectueux d’un vieux briscard crachant dans la soupe.

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Wes Craven avait déjà tenté, et réussi, une méditation sur l’art du mensonge qu’est le cinéma par nature : avec Freddy sort de la Nuit , il confrontait la « réalité » à la fiction et questionnait en profondeur le pouvoir de l’image et de l’imagination. Deux ans plus tard, toute sa bonne volonté à créer un slasher pur jus soutenu par une mise en scène très graphique se trouve abattue par un mercenaire de l’horreur, Kevin Williamson, scénariste qui précipite la chute d’un genre populaire autant que celle d’un de ses plus fidèles représentants. Triste.

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EDEN LAKE

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Combien d’entre nous ont déjà a eu affaire à un groupe de jeunes venu briser la douce harmonie de moments tranquilles de la vie quotidienne, en bas de chez soi, dans la rue, sur la plage, lors d’un week-end campagnard, au cinéma ? Et combien d’entre nous ont mis leur pouce dans la main, histoire de ne pas se créer d’ennuis, surtout par les temps qui court où la violence peut surgir d’une manière inattendue et extrême ?
Sur ce sujet très à la mode politiquement (en France comme ailleurs) et cinématographiquement (les récents A vif et Death sentence), James Watkins réalise un des meilleurs survivals jamais tournés, prenant appui sur une situation basique mais ô combien implicante qui réserve son lot de frissons sur l’échine.

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D’entrée, Eden Lake évoque le désormais classique The Descent, par son atmosphère pesante, sa musique étrangement inquiétante, et la puissance d’une mise en scène désireuse d’écraser ses protagonistes sous le poids du destin. L’espace filmique se resserre insensiblement, le couple sacrificiel fuyant la ville pour goûter aux plaisirs d’une nature sur le point d’être rayée de la carte : les routes se font étroites, à peine visibles dans ce dédale d’arbres millénaires où la lumière du soleil ne perce que par accident. Et pourtant, dans cet endroit paradisiaque, les Adam et Eve modernes vont être confrontés à la corruption de l’espèce humaine.

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Watkins rend la métaphore biblique transparente (Eden, un couple unique sans honte de leur nudité, le serpent) et confère ainsi un caractère universel à une intrigue exemplaire au réalisme effrayant. La violence se veut frontale, sans concession, abordée par le réalisateur de manière viscérale sans pour autant tomber dans l’outrance. Impossible de ne pas céder à l’émotion qui étreint la femme devant le calvaire de son mari, à ce parcours de survie où une maîtresse d’école en vient à se venger de gamins meurtriers dont la responsabilité est effroyablement remise en cause dans un final qui glacera le sang des plus aguerris. Le cercle vicieux se referme pour affirmer, de la manière la plus pessimiste qui soit, un nouveau départ.

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Évidemment, présenté ainsi, Eden Lake peut faire penser à certains chefs-d’œuvre du cinéma horrifique, de Délivrance aux Révoltés de l’an 2000 : il s’inscrit volontiers dans cette lignée de métrages combinant une forme spectaculaire et populaire, un mélange de genres savamment dosé, et un message à portée politique, sociologique, anthropologique. Eden Lake reste cependant unique, intransigeant avec lui-même, une bombe de désespoir jeté à la face d’une société en totale perdition, injustement oubliée lors de sa sortie salle.

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Oh, j’oubliais, savez-vous d’où vient cette perle ? de l’épicentre du cinéma d’horreur, l’Angleterre, pardi !

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HOSTEL

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Hostel s’adresse principalement et, pourrait-on dire, exclusivement aux Américains. Pourquoi ? Parce qu’il semble que le très malin Eli Roth ait pris le cahier des charges du feu Code Hayes et de l’actuel MPAA (deux bibles de la censure ricaine) pour refourguer dans son métrage tout ce qu’ils interdisent : le sexe, présenté comme un petit porno moins les inserts hard ; le gore, quand même peu ragoûtant, même si sur l’ensemble peu présent ; et puis, d’autres choses, comme la représentation d’une homosexualité quinquagénaire, la cigarette, la cigarette qui rigole sous toutes ses formes, et l’alcool. Tous les tabous sont à l’image, afin de dresser un miroir à peine déformé par une esthétique léchée ultra-colorée.

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La preuve ? Roth parsème son film de reflets (Hostel se reflétant au début dans une flaque d’eau), de jeu de miroir (l’assassinat du gars du train), et en général, joue autour du thème du regard, en apposant un point de vue souvent subjectif : c’est le spectateur qui est chevauché par la splendide Slovaque Natalia, c’est encore le spectateur qui mate le cul (par un mouvement de caméra) de la standardiste, encore lui qui ne voit que par l’interstice d’une cagoule trouée, lui toujours qui découvre les exactions commises dans cette antichambre de l’enfer (et ce n’est pas un hasard non plus si l’Asiatique est énucléée au chalumeau).

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On est donc constamment ramené à notre (leur) identité d’Américain pure souche venu comme des nouveaux explorateurs conquérir une Europe vieillissante. Alors forcément, en quoi ça peut nous concerner, nous pauvres geeks européens tout juste abreuvés par le renouveau du genre horrifique premier degré (Massacre…, le remake ; Détour mortel ; Saw) ? La déception ne pouvait que nous prendre à la gorge après la découverte sur grand écran du dernier chouchou de Tarantino. Parce que le gore n’y est que ponctuel, mais c’est là toute la malice de Roth que de ne pas donner au spectateur ce qu’il attend, c’est-à-dire une boucherie sans nom.

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Non, il ne jouera pas le jeu de la perversion, il ne jouera pas à représenter l’horreur d’une manière banalisée, comme sur Fox News, et toutes ces chaines US qui font leurs choux gras de la guerre en Irak. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de renvoyer l’Américain lambda à sa propension à la violence, à cette soif irraisonnée de vouloir faire la guerre et tuer, torturer comme à Guantanamo, ignorant les règles de la dignité humaine. Limite, ce serait normal au vu du comportement des troupes américaines de payer pour se taper un fils de l’Oncle Sam.

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La violence appelle la violence, c’est ce que nous donne à voir Roth dans ce dénouement vengeur où le «héros» s’abandonne aux mêmes méthodes de tortionnaire que sa victime. A ne pas sous-estimer, et en attendant le deuxième.

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