LOST HIGHWAY

26042011

spanlh2.jpg

Tu trouves Michael Bay compliqué ? Les films de Fabien Onteniente te font réfléchir ? L’univers de David Lynch t’est définitivement interdit !! Le chantre du bizarre et de l’image sensorielle va plus loin qu’il n’est jamais allé avec LOST HIGHWAY, thriller et film noir fantasmagorique, hallucinatoire, profondément angoissant, peuplé d’images tout droit sortis d’un cauchemar. Autant dire qu’après Eraserhead et Elephant man, après être entré dans une oreille coupée et avoir exploré le monde de Laura Palmer, Lynch va au bout de sa démarche créatrice visant à faire sentir le (ou les) monde(s) derrière la « réalité », pour livrer un Alice derrière le miroir instinctif issu de l’inconscient d’un artiste insaisissable.

losthighway199706g.jpg
Il ne faut pas chercher à expliquer un film de David Lynch, ce serait pure vanité, même s’il y a des clés propres à ouvrir les cadenas d’une intrigue en apparence incompréhensible et illogique : comment rationnellement aborder le changement d’identité physique d’un personnage emprisonné entre quatre murs ? et surtout, comment appréhender le lien établi entre le début et la fin, cyclique, mettant en scène le même personnage d’abord derrière la porte puis devant, se parlant à lui-même ?? Malgré tout, Lynch structure son récit là où le spectateur lambda n’y verrait que chaos : si Pete Dayton et Fred Madison n’ont pas du tout la même vie, loin s’en faut, des éléments de la vie de l’un se retrouvent en sourdine dans celle de l’autre, en jouant un rôle autre que le simple clin d’oeil. Par exemple, le morceau de sax’ que Fred interprète dans sa boîte fait mal au crâne de Pete qui l’entend à la radio, signifiant par là une espèce de détestation de l’autre en soi en même temps qu’un dédoublement de personnalité latent, prête à exploser. Ce n’est qu’un indice parmi d’autres, comprenant également les facettes contradictoires et similaires des figures prenant les traits sensuels de Patricia Arquette.

45585825.jpg
On comprend donc plus ou moins qu’il s’agit de schizophrénie dont Lynch filme physiquement les symptômes mentaux, défiant du coup la logique narrative hollywoodienne classique. Et pour ce faire, l’auteur de Mulholland Dr. opte pour une mise en scène qui développe les sens : hors une BO dantesque (Rammstein et Marilyn Manson accompagnant des séquences terrorisantes) , le travail sur le son, absolument remarquable, offre un vrombissement constant, créant une ambiance crépusculaire pour laquelle le directeur photographie fait aussi des merveilles. Une apocalypse du quotidien, l’horreur prête à surgir derrière de longs couloirs drapés dans une noirceur sans fond. Le fantastique n’est jamais loin, et la normalité n’aura jamais semblé aussi usurpée et menaçante (la première partie « Fred Madison » en atteste avec force).

losthighway2.jpg
Peut-être un peu abscons pour le profane, mais décidément résolu à garder sa part de mystère, LOST HIGHWAY frappe par sa puissante sensualité, travaillant principalement la réception immédiate et sensorielle d’images et de sons pour proposer un trip unique et expérimental dont l’onirisme réaliste imprime les rétines pour longtemps. David Lynch ira plus loin dans la subjectivité affective de son cinéma avec son chef-d’oeuvre suivant, Mulholland Dr., mais LOST HIGHWAY demeure un des plus grands cauchemars sur pellicule. Pour une fois, laisser le cerveau à l’entrée n’a rien de péjoratif.

Image de prévisualisation YouTube




SCREAM 3

1022011
scream3castposter201010kc.jpg

Puisqu’il faut finir ce qu’on a commencé, Wes Craven s’attèle au dernier volet de sa trilogie avec la passion d’un fonctionnaire à trois jours de la retraite. Plus intéressé par son projet de série A qui pourrait lui valoir la reconnaissance du métier (La Musique de Mon Cœur), le cinéaste met en images un scénario bancal et volontairement avare en scènes chocs, l’humour parodique prenant définitivement le pouvoir sur l’horreur pure. Paradoxalement, même si Scream 3 est sans conteste un beau ratage à côté duquel Scream 2 pourrait passer pour un chef-d’œuvre, il n’en reste pas moins bien plus intéressant.

scream3imagearticlepaysagenew.jpg

Formellement, la mise en scène est en mode automatique, mécanique, incapable d’insuffler un semblant de rythme et d’atmosphère fluide et prenant, la faute à une intrigue foutraque où Williamson glisse des clins d’œil inutiles et encombrants (Carrie Fisher, en soi rigolote) et mise sur des effets de distanciation gratuits. A l’instar du dernier volet de Spiderman, les auteurs essaient de déconstruire le mythe autour de la tragédie de Woodsboro en confrontant ses acteurs à sa reproduction fictionnelle : Gale Weathers rencontre ainsi un double caricatural qui la place face à ses défauts, Dewey devient un consultant de prestige, et entre les deux mondes, la mort établit un pont où tous sont égaux.

scream303.jpg

Véritablement chiant quand il s’applique à raconter une histoire dont on se fout comme de l’an 40, le film séduit par son concept qui en fait la suite directe du premier opus : Craven reprend la réflexion amorcée sur le théâtre dans le théâtre, l’illusion de la vie et du cinéma, ce que le n°2 avait laissé en friche (hormis la séquence du théâtre grec, formidable, où les masques tournent autour de Sid comme dans une danse macabre où les effets spéciaux sont artistement désignés). Pour preuve, Stab 2 (la suite de l’adaptation du drame) est en fait un vrai-faux remake, ce qu’était Scream 2 pour Scream 1 ! Tout cela mis bout à bout, on comprend la volonté du réalisateur de Freddy Sort de la Nuit qui, en retournant aux origines de l’art de la représentation, affirme le caractère mensonger du cinéma, et son aspect tragique dans la mesure où la mort – de l’image ? – vient nous rappeler la mort véritable.

38113.jpg

Tel est le seul intérêt d’avoir situé l’action du métrage au sein de l’industrie hollywoodienne. Williamson voulait certainement dévoiler l’envers du décor et les dessous peu glorieux de l’usine à rêves (à cauchemar nous dirait Craven) comme un crachat à la face de ses employeurs ; c’était sans compter sur le professionnalisme, même grabataire, d’un maître de l’épouvante qui parvient à transcender les atermoiements cyniques d’un jeune loup opportuniste, avec un discours profond sur la relation art-mort. Un nouveau Boulevard du Crépuscule, maladroit, dérisoire, mais finalement sincère. Sincèrement raté donc, à l’image de ce final grotesque, poussif et répétitif où l’automate Craven reprend le fil d’une histoire que tous avons hâte de voir finir.

00027480.jpg
Depuis, le cinéaste s’est abîmé dans des métrages insipides mais a eu plus ou moins de bonheur en produisant les remakes de ses propres films. Alors, Wes Craven, mort en enterré avec son art ? On attend – ou pas – Scream 4 – et oui… – pour dresser la pierre tombale ou se féliciter du retour d’un Master of Horror.

Image de prévisualisation YouTube




SCREAM 2

1022011
scream2posterdesktop.jpg

Malgré les critiques visant le cynisme de l’entreprise, Scream aura été sacrément efficace et surtout très rentable. Succès oblige, les Wenstein Bros. réinvestissent la même équipe pour ce qui sera une trilogie. Problème, personne ne prend le temps de digérer la réussite du film et la suite est lancée dans l’urgence. Le résultat s’en ressent et s’avère plus que décevant, livrant une espèce de vrai-faux remake qui tente de répondre au cahier des charges inhérent à toute suite : better, stronger, faster.

scream218741.jpg

Deux bonnes idées toutefois permettaient d’envisager Scream 2 autrement, d’autant qu’elles sont mises en place dès l’entame. D’abord Craven approfondit sa mise an abîme du premier opus en situant l’action de son prologue au sein d’une salle de ciné projetant Stab…l’adaptation à l’écran de la tragédie de Woodsboro, soit Scream 1 ! A l’intérieur, des centaines de fans ont endossé la tenue münchéenne du tueur, parmi lesquels un vrai meurtrier, fondu dans la masse, et pour un peu on pourrait croire que Craven stigmatise l’influence de la fiction sur le comportement humain et celle de la violence cinématographique sur la psychologie adolescente. Non seulement ce n’est pas nouveau (Tueurs Nés) mais en plus Craven n’apporte rien et abandonne une éthique au spectacle de la mort, mis en scène ludiquement et donc sans la distance nécessaire. L’autre bonne idée, pareillement gâchée, est à mettre au crédit du scénariste Kevin Williamson qui disserte sur la place des noirs dans le cinéma d’épouvante. Effet de distanciation au goût tarantinien, l’excellence du dialogue en moins, dont le dénouement – la mort effective desdits noirs – souligne le caractère fictionnel de ce que l’on voit. Clairement, on est au cinéma et on nous le démontre en ironisant sur le genre. Au moins les auteurs ont le mérite de la logique dans leur entreprise de démolition de leur art.

g4521675524968.jpg

Scream 2 fait déjà état du désintérêt croissant de Wes Craven pour une franchise dont il se sent prisonnier (mais grâce à laquelle il pourra tourner La Musique de mon Cœur) : la réalisation est fainéante, recycle les motifs du premier jusqu’à la bande son, systématique et caractérisante – au mieux sont-ils prolongés sans aller jusqu’à leur aboutissement. Comme le dit Randy, une suite, c’est le même, avec plus de sang, de victimes, de suspects. Plus de poudre aux yeux donc. Car non content d’enfoncer les portes ouvertes par Scream premier du nom, la suite se contente de citer, au sein d’une séquence forcée, quelques suites célèbres afin de déterminer qu’en général, les n°2 sont ratés. Williamson pense certainement être au service d’une œuvre comme L’Empire Contre-Attaque ou Le Parrain 2, mais sa paresse combinée à l’automatisme de la mise en scène du père de Freddy empêchent le métrage de n’être autre chose que la parodie de sa parodie. Si la réédition fonctionne pendant une petite moitié, l’impression de déjà vu l’emporte jusqu’à un final capillo-tracté où une fausse réflexion sur la violence artistique laisse un goût amer de gâchis. En plus de la sensation que n’importe quel personnage, le plus improbable soit-il, peut devenir tueur, et ce ad aeternam (l’intrigue du dernier volet l’atteste violemment).

scream2199811g.jpg

Scream, en tant que trilogie, entérine avec cet opus 2 le coup de fusil dans le pied que se donnent avec suffisance ses auteurs. Craven fait montre d’une efficacité toute relative, s’appuyant sur des acquis forts mais vieillissants ; Williamson tourne déjà en rond ; les acteurs se singent. Parfaitement raté en tant que pièce centrale d’un triptyque, Scream 2 peut à la rigueur faire illusion isolé, mais toujours en faisant abstraction de motivations douteuses.

Image de prévisualisation YouTube




SCREAM

1022011
26596126201.jpg

Si aujourd’hui nous sommes abreuvés de franchises, de remakes des classiques de l’horreur eighties, c’est en grande partie à cause de Scream, le dernier bon film efficace de Wes Craven (il faut quand même revenir au siècle dernier !). Mais si Scream existe, c’est aussi parce qu’il se pose en synthèse des sagas horrifiques où un boogeyman déboulonnait des adolescents crétins et (trop) libérés. D’où une profonde dichotomie entre l’œuvre visuelle (modernisant les vieux clichés) et un discours cynique qui est à mettre au crédit d’un scénariste opportuniste qui, au lieu de rendre l’hommage que le genre méritait (à l’instar de Braindead, de Peter Jackson, pour le gore), l’enterre pour plusieurs années.

1274302572scream1.jpg

Pourtant, l’entrée en matière est un modèle d’efficacité, et ses multiples parodies assoient le statut culte de la séquence : la présence de Drew Barrrymore, d’abord, guest-star que l’on attend en héroïne et qui finit les tripes à l’air pendue à un arbre dès le premier quart d’heure, convoquant ici le spectre hitchcockien de la mort de Janet Leigh dans Psychose. La mise en scène ensuite fait monter la tension avec des effets d’une simplicité proverbiale, entre le pop corn en cuisson et le téléphone inarrêtable. On retrouve un leitmotiv du cinéma de Craven, la mort qui fait irruption dans un quotidien qui tourne au cauchemar : raccrocher le téléphone, et c’est mourir. Dernière trouvaille et non des moindres, le costume du tueur s’inspire du tableau de Münch, Le Cri, un choix judicieux puisque la Mort devient un prolongement artistique (idée un peu douteuse, certes) à la toile et à ses interprétations.

munchscream1.jpg

Dès lors que la tête d’affiche présumée est éliminée, Wes Craven peut peindre sa galerie de personnages incarnés par des « débutants », en tous cas des inconnus ou presque. Même si le cinéaste n’évite pas la caricature et les archétypes du genre, le spectateur se trouve confronté à une pléiade de suspects potentiels ayant chacun leur part d’ombre et une motivation au meurtre que Williamson n’omet jamais. La seule victime au -dessus de tout soupçon reste Sidney, vierge renfermée qui prend les traits de Neve Campbell, intronisée Scream-Queen deux décennies après Jamie Lee Curtis. Mais Craven s’ingénie à détourner ses stéréotypes narratifs en allant à l’encontre des règles conservatrices du slasher (citées intra-film via le cinéphile de service, personnage qui lui permet de la distanciation sans avoir l’air d’y toucher). N’importe qui peut mourir à tout moment, jusqu’au proviseur qui fait les frais de la gratuité des choix du tueur. Encore un moyen de semer le trouble dans l’esprit du public dont les repères référentiels volent en éclat petit à petit.

scream1img4.jpg
Scream fait donc apparemment souffler un vent de fraîcheur sur le slasher poussiéreux qu’il cite (Halloween en premier lieu), une fraîcheur dédouanée au creux de l’intrigue cela dit, par la volonté de s’appuyer ouvertement et fermement, mais avec distance et même ironie, sur le genre. En fait, l’auteur de La Dernière Maison Sur la Gauche travaille une thématique essentielle à son cinéma, la mise en abîme, le théâtre dans le théâtre. En admirateur de Shakespeare, Craven joue avec les masques, au sens propre et figuré, met en scène des personnages se mettant en scène (le meurtre de Billy post-coït), placent dans leur bouche des répliques « cinématographiques » (« je reviens tout de suite »), pour inviter le spectateur à réfléchir sur la circulation artistique et l’appréhension du genre en tant que tel. Néanmoins l’humour noir compose un frein à cette réflexion, au point de n’y voir que le cynisme irrespectueux d’un vieux briscard crachant dans la soupe.

screammask.jpg
Wes Craven avait déjà tenté, et réussi, une méditation sur l’art du mensonge qu’est le cinéma par nature : avec Freddy sort de la Nuit , il confrontait la « réalité » à la fiction et questionnait en profondeur le pouvoir de l’image et de l’imagination. Deux ans plus tard, toute sa bonne volonté à créer un slasher pur jus soutenu par une mise en scène très graphique se trouve abattue par un mercenaire de l’horreur, Kevin Williamson, scénariste qui précipite la chute d’un genre populaire autant que celle d’un de ses plus fidèles représentants. Triste.

Image de prévisualisation YouTube




TITANIC

12112010

 

titanic560.jpg

Titanic, 1912 : 3 ans de construction, 269 m de long, 28 m de large, 53 m de hauteur, 46000 tonneaux de jauge brute (tjb), 885 membres d’équipage, capacité de 2371 passagers répartis en 3 classes, 10 ponts.
10 avril : appareillage.
12 avril : le paquebot reçoit un message l’avertissant de la présence d’icebergs dérivants.
14 avril, 23h40 : 1451 miles parcourus, 22.5 nœuds de vitesse, par 41°46′ N et 50°14′ O, le Titanic heurte un iceberg.
15 avril, 2h20 : le Titanic sombre…
1500 victimes, dont la quasi-totalité de l’équipage, 1/4 des femmes, 3/4 des hommes et la moitié des enfants présents. 700 rescapés.

Titanic, 1997 :
Construction d’une réplique longue de 236 m, d’un bassin artificiel de 410m de long, de 35000 m2, rempli de 65 millions de litres d’eau de mer. 1500 ouvriers.
Plus de 200 millions de budget, 1.8 milliard de recettes, 20.8 millions de spectateurs France.

Cela fait beaucoup de chiffres, j’en conviens, mais en général, c’est tout ce que l’on retient de ce drame : l’ironie du sort qui envoie une sorte de Tour de Babel se fracasser contre la nature toute puissante, et la démesure d’un réalisateur rompu à exploser les records en terme de budget. James Cameron, puisqu’il s’agit de lui, est également habitué au lynchage d’une presse bien-pensante : Titanic était vouée selon elle à une gamelle historique, un bide retentissant qui allait enterrer enfin définitivement la carrière de cet autodidacte gênant. Le résultat un pur chef-d’œuvre, un film pour ainsi dire parfait qui s’inscrit logiquement dans la continuité de la filmo de Cameron, et qui révèle au monde l’incroyable humanisme de cet homme plus intéressé par la vie que par la technologie, quoi qu’on en dise.
pdvd166.jpg

Paradoxalement, c’est l’entre-croisement entre cette technologie et l’homme qui la rend nocive, et donc l’homme qui devient responsable de sa propre perte : le Titanic coule pour une erreur de navigation du commandant Smith, également à cause de l’orgueil de Bruce Ismay, le concepteur du paquebot. On peut bien sûr y voir un signe religieux, dans la mesure où Dieu, à travers la nature sa plus fidèle alliée, rappelle à l’homme sa condition imparfaite, de même son libre arbitre qui le pousse invariablement à s’auto-détruire plus ou moins involontairement (à l’image de Miles Dyson dans Terminator 2, le créateur de Cyberdine).

Le combat de l’homme contre la technologie, le combat de l’homme contre la nature,…tout dans Titanic est histoire de duel, de double, en premier desquels l’ambivalence entre réalité et fiction. Dans un simple mais savant fondu, Cameron lie ces deux notions dès le générique de début, en filmant en sépia (façon documentaire) le départ du Titanic en plein jour pour aboutir donc à un plan de nuit de l’océan (la fiction).
Sauf que voilà : la partie “documentaire” relève de la fiction, par l’entremise d’une caméra placée dans l’image, du jeu sur la couleur, mais également par l’utilisation d’un ralenti, rappelant par là le caractère artistique de la séquence. A l’inverse, le plan sur l’océan débouche su de véritables images documentaires, puisque Cameron a plongé à plusieurs reprises pour étudier l’épave (dans des sous-marins qui évoquent ceux d’Abyss, et plus généralement la figure du mécha chez le cinéaste).
Fiction ou réalité ? Big Jim les entremêlera tout au long de son récit, pour au final évoquer la puissance de l’histoire au détriment de l’Histoire (l’explication du naufrage par Lewis, irrespectueuse, le confirme), le but étant avant tout de rendre hommage aux victimes sans tomber dans le sensationnalisme ou le sentimentalisme aigus.
pdvd150.jpg

Pour ce faire, Cameron choisit de ne pas raconter bêtement une histoire d’amour dont tout le monde pourrait se foutre, si elle ne se passait pas sur un bateau qui coule (mais après quand même 1h30 de métrage !!), si surtout elle n’était pas décrite à travers un regard artistique, spécifiquement mythologique :
1. La première fois que Jack voit Rose est une évocation immanquable du célèbre “ce fut une apparition” de Flaubert dans L’Éducation Sentimentale, un roman où une histoire d’amour similaire se déroule sous fond de révolution de 1848.
2. La “visite” du pont des machines cite le mythe d’Orphée aux enfers, où le poète (rappelons que Jack est lui aussi un artiste, dessinateur) sauve sa belle de la mort…L’orchestre jouera un extrait de la pièce musicale d’Offenbach plus tard dans le film…
3. Cameron filme les amants à chaque fois dans un cadre précis, extrêmement pictural (le baise-main dans l’escalier, un angelot au second plan), avec une utilisation des couleurs impressionniste (Rose possède un tableau de Monet) irréaliste mais proprement poétique.
4. L’océan prend des allures de Styx, fleuve infernal mythologique, quand le canoë part à la recherche d’éventuels survivants à la fin.
J’en passe, le film est truffé de ces références qui donne un caractère tragique à l’événement, et d’une certaine façon, immortalise à tout jamais les amants et tous ceux qui y ont péri. Le meilleur hommage qui puisse exister, rendre l’amour éternel à travers la mort (un motif tout à fait cameronien – voir Kyle Reese (Terminator), et Lindsay (Abyss)).

awp3800.jpg

Impossible de fait de ne pas s’attacher à tous ces personnages, même les plus antipathiques, que ce soit Cale (qui cherche malgré tout sa fiancée sur le pont du Carpathia) ou encore Ismay (descendant dans son Canoë comme à l’échafaud), Cameron en faisant avant tout des hommes, avec tout les défauts que l’humanité sous-entend, invitant même le spectateur à se questionner sur ses propres choix dans pareille situation (avec une nuance pour Lovejoy, le triste sir au nom ironique, un véritable Terminator !!).
On pourra toujours reprocher au réalisateur d’esquisser des stéréotypes, défaut imputé au récent mais tout aussi magistral AVATAR, mais ce serait mal comprendre James Cameron : dans tous ses films, un personnage, central et principalement féminin, est voué à évoluer (ici Rose qui cherche à se libérer des barrières sociales) au milieu de figures symboliques.Car Cameron est un symboliste, un artiste qui ne cherche pas “la logique” mais ” le rêve”(référence à Freud via Rose), comme l’explique Rose à propos du tableau de Picasso (tableau qui n’était pas présent physiquement sur le paquebot, ce qui souligne le caractère justement symbolique de l’histoire). Surtout, dans un monde où la femme se doit d’être figée, robotique (à l’image de cette fillette qu’observe Rose dans le salon), la vocation du personnage féminin à se débattre (telle une Sarah Connor) dans un monde masculin stéréotypé n’en devient que plus révélatrice des luttes de l’époque – et toujours actuelles – la place de la femme dans la société et la lutte des classe.

bexfro9g.jpg

Mais plus que tout, Titanic est un un film en trois dimensions. Oui, vous lisez bien, bien avant Avatar, James Cameron réussit à faire de son film un métrage en relief…sans le relief ! Cette troisième dimension est sensible, sensuelle, appelons-la comme on voudra… Toujours est-il que Titanic fait appel à tous nos sens :
1. Tout d’abord le Toucher : la main est au cœur du film, depuis le générique de début qui voit des mains s’agiter devant le paquebot, jusqu’à celle plaquée sur une vitre embuée dans une voiture. Parce que la main est le lieu de rencontre des amants, c’est par un gros plan sur leurs mains se joignant alors que Rose voulait se suicider que Cameron décide de lier leurs destins. Ce sont ces mêmes mains qui s’entrelacent avant le premier baiser (avant de rappeler le caractère mortifère de l’amour – eros et thanatos – dans un effet spécial éloquent). C’est en dessinant que Jack touche le corps nu de Rose, carressant du bout des doigts l’esquisse de sa poitrine, faisant de ce moment une séquence à l’érotisme sobre.
2. La Vue : on n’y revient pas, le regard est aussi ce qui lie les amants, depuis la première apparition de Rose aux yeux de Jack, jusqu’à ces plans sur son œil artiste quand il a dessine.
3. L’Ouïe : la musique de James Horner, qui semble ne jamais s’arrêter, fait plus qu’accompagner les images. Elle joue le rôle de choryphée antique, donne une dimension mythologique et tragique qui contribue à rendre l’histoire intemporelle.

pdvd233.jpg

Voilà, cette critique est un peu longue, mais je me devais, moi, de rendre hommage à Titanic, que beaucoup ne voient que comme une bluette pour midinettes sur un bateau qui coule… Le film de James Cameron n’est surtout pas cela, il est même tout sauf cela : Titanic ne peut résumer à ce ptich mensonger ; Titanic ne peut se résumer à quelques chiffres impressionnants ; Titanic ne peut se résumer à ces remarques cinéphiliques…
Titanic est un cri du cœur, celui de son metteur en scène, l’humaniste le plus incompris du monde du cinéma, celui du spectateur, happé par ce tourbillon d’émotions, d’images, de sons.
Titanic, je l’ai vu 6 fois au cinéma, plus de 15 fois au total, et l’impact est resté le même : je verse des larmes en admirant la pureté d’un amour voué à la mort qui le rendra paradoxalement éternel, je verse des larmes en voyant cette vieille dame rejoindre au cœur de l’océan ses amis et son amant, ses compagnons de malheur pour toujours gravés dans la pierre cinématographique sous l’œil bienveillant du meilleur metteur en scène en activité…

titanicmovie22.jpg

“La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.”

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Correspondances

watchtitanicintelugu.jpeg







les HIERARCHIES divines |
Pivotfj |
Festival Communautaire du F... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ça tourne chez Lorang
| AnamorphoZ
| Top Movizs