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KICK ASS

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En plein débat sur la place des geeks dans le cinéma du XXIe siècle, Matthew Vaughn propose un film pour et sur les geeks : KICK-ASS, ou le nom d’un super-héros sans pouvoir, ado dans toute sa splendeur (quasi-identique à ceux des Beaux Gosses) qui va se soulever contre le crime et la corruption à son corps défendant. Vaughn parcourt le sillon déjà creusé par des œuvres telles que Mystery Men ou Hancock, pour moquer Spiderman et consorts, tout en rendant hommage à ce pan culturel qu’une communauté de « spécialistes » s’est approprié. Un seul mot d’ordre derrière tout cela : Ouvrez-vous au monde.

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Parce que sous le masque de l’humour et du grand-guignol, le réalisateur vise à faire se rapprocher les hommes, paradoxalement, en ironisant sur la notion même de communautarisme, en stigmatisant dans un rictus Internet (voir la mise à mort « live ») et tous les outils officiellement censés lier les hommes. En effet, ils les lient, ils les attachent, les emprisonnent dans leur solitude, au point de confondre fiction et réalité (la définition d’un geek ?), faisant ainsi jaillir les défauts innés de l’homme, telle la lâcheté. L’amour, par contre, provoque des sentiments inverses et en cela, le personnage de Mindy – Hitgirl, complètement décomplexé, bad-ass à souhait, en est très révélateur, supporté par un Nick Cage des grands jours, décalé et juste comme il ne l’a pas été depuis bien longtemps.

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Amour, grands sentiments,…Ok !! mais KICK-ASS est surtout et avant tout un trip ultra-fun, bourré d’humour sous toutes ses formes, de son ouverture ironique et méchante à des répliques improbables (« contacte le bureau du maire, il a un signal spécial. Ça envoie un logo dans le ciel, en forme de bite géante »), en passant par une utilisation de la violence grand-guignolesque, hardcore parfois, mise en scène « à la Tarantino » (HitGirl rechargeant ses flingues !!!). Vaughn donne aux geeks ce qu’ils attendent et plus encore, marchant sans vergogne mais avec un bonheur ineffable sur les plates-bandes de l’auteur de Pulp Fiction. A ce titre, l’arrivée de Mindy à l’hôtel du bad guy sur la musique de Morricone est monumentale.

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Sans être un Grand film, KICK-ASS est juste énorme, le genre devant lequel on s’empiffre de pop-corn en reversant la moitié du pot toutes les 30 secondes à force de sauter dans tous les sens de plaisir, avant d’écraser une larme en faisant bien gaffe à ce que son voisin n’ait rien remarqué. KICK-ASS, c’est du culte en barre (petit bémol diront certains : le culte est trop calculé), 117 mn de pur folie où l’on est content d’être un geek (mais un peu con de ne pas voir qu’on est gentiment moqué), mais c’est aussi une leçon de vie, certes un peu simpliste, mais revigorante, donnant foi en l’homme. Non : en le geek.

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BENJAMIN GATES ET LE LIVRE DES SECRETS

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Benjamin Gates est à Indiana Jones ce que mon fils de 3 ans est à Picasso…non, ce serait méchant envers ma descendance qui manifeste déjà à son âge de belles dispositions pour l’art (qui a dit on s’en fout ??). Jon Turtletaub (prononcé dans la langue de Goethe, il y a quand même le mot ‘daube’ dans son nom !) n’est pas Spielberg et semble s’attacher à le démontrer, recyclant sans vergogne mais aussi et surtout sans talent les vertus qui ont fait de la saga d’aventure créée par George Lucas et son compère la plus réussie de l’Histoire du cinéma.

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Gates est un archéologue, à sa manière – pantouflarde – qui doit faire face à une sordide affaire scandaleuse qui salit le nom d’un aïeul, et par conséquent le sien et celui de toute sa famille très respectable puisque symbolique des valeurs de l’oncle Sam. Sachant qu’il est impossible que cet arrière-arrière-arrière-grand-père soit un méchant sur la base que quand on est gentil, on l’est de génération en génération – c’est mathématique, scientifique – Benjamin part à la reconquête de l’honneur de sa famille. Un concept purement hollywoodien qui a le mérite de fixer les personnages dans leur caractérisation initiale, qui empêche toute velléité de complexité psychologique. Passons là-dessus, le spectateur lambda n’est certainement pas venu pour se faire raconter Freud en deux heures, plutôt pour chercher de l’action familiale, un divertissement pur et dur dans la lignée des références affichées (Indiana Jones et, plus récent, La Momie).

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Seulement voilà, écrasé sous le poids de l’influence de ses illustres prédécesseurs, Le Livre des Secrets ne parvient jamais à décoller, la faute à un scénario qui n’implique pas son public dès le postulat : même si la quête change de donne en cours de route, la motivation première de Ben, laver l’affront fait à sa famille, est déjà rasoir, d’autant que la teneur du complot nous échappe complètement au point de zapper littéralement ce début poussif. Pour les péripéties en elles-mêmes, on aura bien des difficultés à trouver plus mou du genou, entre une course-poursuite à 50 km/h dans les rues de Londres et l’enlèvement du Président des USA qui ne pourra que révolter le peuple puritain d’Obésie. Passons encore sur les événements dans les entrailles du Mont Rushmore, pâle copie rythmiquement grabataire des plus grandes heures du Dr. Jones.

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Comparativement, le résultat est sans appel : le métrage est un ratage complet qui se trouve pris en défaut là où il aurait pu marquer des points. Le casting, notamment, qui voit Nicolas Cage moins charismatique et convaincu que Brendan Fraser (un exploit ?), Jon Voight mal à l’aise dans un rôle de bon papa écrasé par une Helen Mirren qui, avec le toujours quoi qu’il arrive très bon Ed Harris, constituent l’unique satisfaction du film. Toujours comparativement, après l’arche d’alliance et le Saint-Graal, les Mystérieuses cités d’or chères à Esteban, Zia & Tao pouvaient aviver l’intérêt du spectateur. Las, le traitement direct de cet élément scénaristique pue la paresse – alors ? on n’a pas eu les sous pour aller en Amérique latine ? – et la prétention : Turtletaub s’en va filmer au Mont Rushmore, lieu cinématographiquement immortalisé par la Mort aux Trousses d’Hitchcock, en espérant bénéficier de son aura légendaire. Mais en en faisant une simple porte dérobée (ok, énorme, la porte…), le cinéaste se fourvoie. Pire, il avalise une idée parmi les plus cons dans l’histoire des idées les plus cons : les Cités d’Or sont cachées aux USA, sous le Mont Rushmore !! Ne vous offusquez pas de ce spoiler, au pire, il vous privera d’un grand éclat de rire lors de sa révélation…

Benjamin Gates et Le Livre des Secrets est certainement le plus pantouflard des films d’aventures, paresseux, soporifique, mettant en avant une affiliation indigne pour garant de la qualité. Comme si le simple fait d’apposer la signature de Picasso sur un gribouillage de mon fils suffisait à en faire un chef-d’œuvre. Vu le succès du film, le recyclage-pompage industriel a de quoi donner des idées.

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VENDREDI 13 (2009)

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(Chuchoté) : Ké hé hé…Ha ha ha…

Ce gimmick sonore sonne en moi comme le le commencement d’une partie de plaisir sadique : teens démembrés, fracturés, tranchés par un tournevis, une machette, une hache, une scie électrique… Mesdames et messieurs, je vous présente l’auteur de crimes abominables encensés par toute une population geek, Jason Voorhees, de retour sur les écrans pour un reboot commandé par les spécialistes du remake horrifique, Platinum Dunes et Michael Bay. Prend-on toujours autant de plaisir ? Le tueur en série le plus prolifique de l’histoire, après presque 30 ans de bons et loyaux services, n’est-il pas un has been ? éléments de réponse…

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Après avoir fait mumuse avec Jason dans les quand même fendards Jason X et Freddy Vs. Jason, Hollywood revient aux origines du monstre sanguinaire, repart à zéro pour rafraîchir le mythe. De ce côté, on est servi, le bestiau étant on ne peut plus froid et violent. Chacune de ses apparitions fait vraiment froid dans le dos, et nouveauté, le spectateur ressent la souffrance des victimes, là où auparavant elles n’étaient que des jouets et pour Jason et dans l’œil du spectateur. Pas que les personnages soient écrits avec une finesse psychologique émulsive, au contraire même, mais la caméra de Marcus Nispel s’attache à créer une tension véritablement palpable à chaque meurtre, et cherche à iconiser son tueur en lui réattribuant ses signes de reconnaissance – la machette, le masque – et en en faisant une menace à la fois invisible, donc surnaturelle, et purement physique dans le sens où l’entité fantastique possède un corps, une réalité décrite dans ses moindres détails, jusqu’à le faire courir (!!!) de façon à lui donner ce sentiment de vie qui manquait à ses précédentes apparitions cinématographiques. En gros, ‘it’s alive’.

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Côté tueur, le ravalement de façade est réussi. On ne peut pas en dire autant question scénario, malgré une belle tentative de motivation de l’intrigue (le frère parti à la recherche de sa soeur disparue) : il s’agit globalement pour Jason de massacrer tout ce qui entre sur son territoire. Heureusement, Marcus Nispel est intelligent et connaît l’histoire du genre, le slasher : s’il joue la carte de la modernité qu’il a lui-même instaurée avec son remake de Massacre à la tronçonneuse, il parvient à faire entrer dans ce cadre des éléments purement ‘eighties’, ce qui crée un décalage, du coup un second degré et un humour que ne goûteront que les fans de la première heure, n’hésitant pas par exemple à verser dans le conservatisme dont on avait accusé Carpenter sur Halloween où n’étaient trucidés que les drogués et les sexuels. On ne s’étonnera donc qu’à moitié devant cette surexposition de paires de nibards et de dialogues tournant autour du joint, des séquences régressives au caractère comique assumé.

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Vendredi 13, cru 2009, est une réussite, dans le sens où la personnalité de son auteur, même s’il s’agit d’une commande après un échec cuisant (Pathfinder), parvient à donner un coup de fouet à un mythe devenu miteux (et encore, c’est le mieux conservé, si on le compare à Michael Myers et Fred Krueger, ou encore Tronche-de-Cuir). Synthèse du film d’horreur actuel et de celui des années 80, Vendredi 13 s’apparente en fin de compte à un film concept, affranchi des contraintes scénaristiques inhérentes au genre tout en en respectant la substantifique moelle. Et c’est bien pour cette raison que le final, inévitablement ouvert à une débauche de suites, ne saurait être satisfaisant. Car à moins de retomber dans le simple équarrissage massif des métrages des 80s, on ne voit pas comment, et surtout pourquoi, Jason Voorhees reviendrait. Ce Vendredi 13 se suffit, avec ses qualités, ses défauts.


Jason rules !!!

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LE CAMERAMAN

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Avec Chaplin, Lloyd, Laurel et Hardy, et d’autres encore, Buster Keaton est l’un des piliers de la comédie US des années 20. Contrairement à Chaplin, l’homme qui ne sourit jamais aura bien du mal à imposer son humour au cinéma parlant. Contrairement à Chaplin, également, il n’œuvre pas dans le politique, et reste profondément centré sur l’individu. Si chacun possède son personnage propre, leur utilisation diffère en cela que Chaplin fait d’un homme un exemple, quand Keaton l’individualise.

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Avec le Cameraman, Keaton narre la confrontation d’un homme à la multitude, pour l’amour d’une femme : combien de fois voit-on un groupe d’hommes venir prendre sa place à l’écran, l’étouffer, le cacher : la séquence d’ouverture où Keaton est noyé dans la masse des journalistes, à la piscine où l’on voit plusieurs playboys tourner autour de sa dulcinée, ou encore dans la Tong War, maelström de corps, de mouvements, qui rend compte de l’informe de la scène. C’est pourtant dans cette scène que Buster commence à exister en tant qu’individu, puisqu’il construit la séquence, l’organise par son enregistrement cinématographique, qui s’avère double : dans le film via son personnage qui filme le tout, et hors le film (Keaton metteur en scène).

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C’est d’ailleurs grâce à ce film (dans le film) que le personnage sera définitivement engagé, et embrassé par la femme aimée. L’humour reste donc pour Keaton le meilleur moyen d’exister et de faire sa place au milieu d’un monde en effervescence, en constante évolution, dans une ville cosmopolite, protéiforme, et incroyablement vivante. A certains moments, le film nous rappelle L’homme à la caméra de vertov – voulu apparemment par Keaton, jusque dans le titre : même image de la ville, même idée de plan en caméra embarquée, de notion de rythme et de vitesse, et même fragmentation expérimentale de l’image -c’est là où ça devient savoureux – qui se voit taxée de nullité par le rédacteur en chef! (alors que le film de Vertov est un fondement de la grammaire cinématographique).

Hors ces considérations, le Cameraman est avant tout une perle d’humour, qui demande malgré tout un certain temps d’adaptation, dû à un léger vieillissement, pour pleinement l’apprécier.

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CONTRE-ENQUETE

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Le vigilante flick n’était plus à la mode jusqu’à ce que A vif et Dead sentence assoient son renouveau après les essais Man on fire et Hard candy, 20 ans après son apogée. Le (sous) genre s’avérant difficile tant les récurrentes critiques contre l’apologie de l’auto-justice plombent le résultat, on pouvait craindre le pire avec cette Contre-enquête, policier français (tout de suite, on pense à Julie Lescaut, Navarro et consorts) mené par un Jean Dujardin qui n’avait fait ses preuves dans le sérieux que par l’entremise du très beau Le Convoyeur. Le pire est-il arrivé ? eh bien non, Dieu soit loué.

Parce que Contre-enquête n’est pas à proprement parler un vigilante movie (pardon pour tous ces anglicismes…), la vengeance de Richard, le personnage incarné par l’excellent Jean Dujardin donc – c’est désormais une certitude -, étant expédiée sans une once de violence (même si mort s’en suit). Si vous vous attendez à un dernier quart d’heure façon Hostel, Captivity, ou Saw, passez votre chemin : Frank Mancuso, ancien policier, évite le piège de la violence gratuite d’une manière inattendue. Comment ? en jouant définitivement la carte de l’humain.
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Avant d’être un film policier, Contre-enquête suit des personnages, animés par leurs sentiments et non par le mécanisme d’une procédure. Quels qu’ils soient, tous gravitent autour de Richard et de la peine rageuse qui le guide. Quand sa femme lui reproche son manque de communication (et qu’on se dit qu’il s’en fout pas mal de la mort de sa gamine), on ne perçoit pas la finalité de ce silence, de cet éloignement sentimental, qui trouvera sa justification dans les dernières minutes. Et sans le concours d’acteurs tous indéniablement bien dirigés, la dimension humaine ne serait pas ce qu’elle est.

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Et heureusement qu’elle est ce qu’elle est, car pour le reste, si le film est sobrement mise en scène (un classicisme qui permet d’éviter ladite comparaison avec les commissaires télévisés), on ne peut pas en dire autant d’un scénario cousu de fil blanc, laissant des indices gros comme des parpaings sur le chemin du petit Poucet : SPOILER aucune surprise quant à l’issu, quant à la nature d’Heckman (Laurent Lucas, comme d’hab’) : que voulez-vous croire après qu’il ait soigneusement caché une lettre dans la tringle à rideau de sa cellule ? comment peut-on passer à côté du lien entre la correspondante amoureuse et un nouveau témoin dans l’affaire ? Autant de secrets filmés comme tels (la révélation du médecin coupée juste à temps…) qui ne laissent que peu de place à un suspense sans relief, sans saveur. Et comme s’il voulait éviter ce reproche, Mancuso affaiblit la relation, sur le papier perverse, entre Dujardin et Lucas, histoire de ne pas se « griller ». FIN DU SPOILER Le film en pâtit lourdement, même si l’intérêt se porte plus sur l’affectif.

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Rétrospectivement, toute l’histoire puise sa force (relative, donc) dans cette obsession de Richard pour l’assassin de sa fille. Les dernières scènes nous le montrent dans toute son humanité, tout son chagrin (quel faible mot !!), mais surtout dans tout son désarroi quand il avoue pour ainsi dire l’impuissance et la vanité de son geste par un « je suis mort il y a 3 ans » qui sonne plus que jamais comme le cri de souffrance ultime.

Impossible de ne pas l’entendre quand on est papa.

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