LOST HIGHWAY

26042011

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Tu trouves Michael Bay compliqué ? Les films de Fabien Onteniente te font réfléchir ? L’univers de David Lynch t’est définitivement interdit !! Le chantre du bizarre et de l’image sensorielle va plus loin qu’il n’est jamais allé avec LOST HIGHWAY, thriller et film noir fantasmagorique, hallucinatoire, profondément angoissant, peuplé d’images tout droit sortis d’un cauchemar. Autant dire qu’après Eraserhead et Elephant man, après être entré dans une oreille coupée et avoir exploré le monde de Laura Palmer, Lynch va au bout de sa démarche créatrice visant à faire sentir le (ou les) monde(s) derrière la « réalité », pour livrer un Alice derrière le miroir instinctif issu de l’inconscient d’un artiste insaisissable.

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Il ne faut pas chercher à expliquer un film de David Lynch, ce serait pure vanité, même s’il y a des clés propres à ouvrir les cadenas d’une intrigue en apparence incompréhensible et illogique : comment rationnellement aborder le changement d’identité physique d’un personnage emprisonné entre quatre murs ? et surtout, comment appréhender le lien établi entre le début et la fin, cyclique, mettant en scène le même personnage d’abord derrière la porte puis devant, se parlant à lui-même ?? Malgré tout, Lynch structure son récit là où le spectateur lambda n’y verrait que chaos : si Pete Dayton et Fred Madison n’ont pas du tout la même vie, loin s’en faut, des éléments de la vie de l’un se retrouvent en sourdine dans celle de l’autre, en jouant un rôle autre que le simple clin d’oeil. Par exemple, le morceau de sax’ que Fred interprète dans sa boîte fait mal au crâne de Pete qui l’entend à la radio, signifiant par là une espèce de détestation de l’autre en soi en même temps qu’un dédoublement de personnalité latent, prête à exploser. Ce n’est qu’un indice parmi d’autres, comprenant également les facettes contradictoires et similaires des figures prenant les traits sensuels de Patricia Arquette.

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On comprend donc plus ou moins qu’il s’agit de schizophrénie dont Lynch filme physiquement les symptômes mentaux, défiant du coup la logique narrative hollywoodienne classique. Et pour ce faire, l’auteur de Mulholland Dr. opte pour une mise en scène qui développe les sens : hors une BO dantesque (Rammstein et Marilyn Manson accompagnant des séquences terrorisantes) , le travail sur le son, absolument remarquable, offre un vrombissement constant, créant une ambiance crépusculaire pour laquelle le directeur photographie fait aussi des merveilles. Une apocalypse du quotidien, l’horreur prête à surgir derrière de longs couloirs drapés dans une noirceur sans fond. Le fantastique n’est jamais loin, et la normalité n’aura jamais semblé aussi usurpée et menaçante (la première partie « Fred Madison » en atteste avec force).

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Peut-être un peu abscons pour le profane, mais décidément résolu à garder sa part de mystère, LOST HIGHWAY frappe par sa puissante sensualité, travaillant principalement la réception immédiate et sensorielle d’images et de sons pour proposer un trip unique et expérimental dont l’onirisme réaliste imprime les rétines pour longtemps. David Lynch ira plus loin dans la subjectivité affective de son cinéma avec son chef-d’oeuvre suivant, Mulholland Dr., mais LOST HIGHWAY demeure un des plus grands cauchemars sur pellicule. Pour une fois, laisser le cerveau à l’entrée n’a rien de péjoratif.

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MARLEY ET MOI

19042011

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Le Chien est le meilleur ami de l’homme, et le cinéma tient régulièrement à nous le faire savoir, quitte à entériner un nouveau genre, le film canin. Point commun entre Volt, Palace pour chiens, Le chihuahua de Beverly Hills, et Marley et moi ? la médiocrité, un manque d’originalité frappant jusqu’aux titres français ; plus encore, concernant le métrage de David Frankel, une idéologie douteuse (un bien grand mot, me direz-vous) et parfaitement dans l’air du temps : le repli sur soi et une misanthropie galopante.

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En soi, Marley et moi ne fera de mal à personne. Défini comme une comédie, le film ne fait sourire qu’à de rares moments, à l’instar du précédent travail de Frankel, Le Diable s’habille en Prada. Forcément, les gags (si on peut appeler ça ainsi) mettant en scène des humains confrontés à un chien sont légions et c’est sans vergogne mais surtout sans vitalité que le réalisateur se jette sur ces ‘passages obligés’ (Marley est incontrôlable en promenade, casse tout par peur de l’orage, mange tout ce qui se passe près de sa gueule). Ce n’est peut-être pas l’intérêt majeur du film, le chien faisant surtout figure de catalyseur des relations humaines, cependant voilà déjà un aspect passablement raté.

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Ce qui sauve Marley et moi du naufrage, c’est la place accordée à l’humain, Frankel choisissant de faire du labrador l’élément déclencheur d’une vie, professionnelle, amoureuse, familiale. Le couple formé par un Owen Wilson toujours aussi chien battu ou ahuri et une Jennifer Aniston qui devrait attaquer en justice son chirurgien plastique pour malfaçon, fonctionne plus ou moins bien, mais leurs pérégrinations du quotidien manquent cruellement d’originalité, d’où la question : quel est l’intérêt de l’article, du bouquin, appelons-le comme on voudra, à l’origine de ce film. Pas un fait divers, pas de rebondissements fracassants, juste une vie tournant autour d’un clebs faisant ce que tous les autres clebs du monde ont fait avant lui. Le regard de l’homme sur la bête et ses conséquences, me direz-vous ? parlons-en.

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Cinématographiquement parlant, Marley et moi est ce qu’il peut se faire de plus simple, de plus rapide à la production, à Hollywood. Un produit calibré, prévendu, comme certains ne passent même pas les portes des salles obscures. Ce qu’il propose comme fond de pensée est assez inédit pour un film aussi anodin et inoffensif : car la morale de cette histoire canine consiste en une idéologie communautaire, où l’homme se replie sur lui-même, avec sa famille, pour fuir la masse informe de l’humanité. La palme de la démagogie revient à ce comparatif hallucinant et nauséeux entre Marley et le meilleur ami du héros, ce dernier l’ayant ‘abandonné’ au profit de sa carrière et de la gent féminine alors que le premier aura été d’une fidélité légendaire, et au détour d’une courte séquence de retrouvailles, on touche du doigt l’incroyable mépris soudain du réalisateur pour les relations humaines, mettant à bas la psychologie complexe qui fait notre être pour ériger en modèle le comportement du chien à l’égard de son maître. Quant à la dernière partie, insidieusement lacrymo-tractée, elle met un point final à cette leçon de misanthropie, à cette nouvelle ode au chacun pour soi et nos amis les bêtes.

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Nul doute que Marley et moi aura rencontré un franc succès, le marché de l’émotion animalière étant florissant, le public se contrefoutant de la mort d’un SDF au bas de leur immeuble, s’émouvant de celle d’un animal sur grand écran. Quoi, ça aussi, c’est démago ?? oui, mais moi, je l’assume. Parler de cynisme pour ce film, un drôle de paradoxe…

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THE MIST

13042011

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On n’en finit plus d’adapter les nouvelles et romans de Stephen King, et Frank Darabont s’est apparemment spécialisé dans le «genre», puisqu’après les Evadés (une réussite) et la Ligne verte (un ratage démago, n’en déplaise à beaucoup), voilà qu’il s’attaque à la nouvelle Brume, petit monument de terreur au pitch unique (quoique, un bâtiment assiégé par des monstres, hum hum…). Au final, The Mist est un juste putain de film.

 

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En 1/4 d’heure, la mise en place nous coince avec les personnages dans cette supérette devant laquelle squatte un brouillard dont il faudra encore un peu attendre pour découvrir ce qu’il recouvre. La caractérisation des personnages évite la caricature qui n’a rien de définitive, par exemple le bouseux bourru prêt à mettre sur la couenne de quiconque, qui laisse ses corones au vestiaire dès que le monstre apparaît, qui se laissera submerger par le fanatisme religieux. Tout cela afin d’évoquer la faille identitaire d’un peuple (allez, au pif, les Ricains ?) confronté à l’inattendu, thème décidément bien en vogue (Cloverfield) qui prouve que le cinéma d’épouvante reprend ses droits critiques abandonnés depuis trop longtemps.

 

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La charge contre le fanatisme religieux justement : là, Darabont n’y va pas de main morte, et alors qu’on s’attendait à un film où les monstres bouffent tout le monde tous les 1/4 d’heure, on se rend compte, au travers d’un cheminement certes long mais savamment progressif, qu’il y a peut-être plus à craindre à l’intérieur du magasin qu’à l’extérieur. Le personnage de Marcia Gay Harden donne d’abord envie de rire, puis nous énerve, et finalement effraie, un effroi lié plus à la crédulité aveugle des autres personnages qu’à sa réelle folie. Et cette dénonciation implacable aboutit à un dénouement d’une noirceur abyssale, à la fois bouleversant et d’une ironie qu’on trouverait presque déplacé si elle n’en disait pas aussi long sur la nature humaine, et finalement sur la soit-disant volonté de Dieu.

 

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Afin de mieux coller à cette atmosphère d’apocalypse qui évoque de manière à peine voilée l’Amérique post-11 septembre, Darabont opte pour une mise en scène ultra-réaliste, à coups de caméra à l’épaule et de zooms courts et brutaux, façon reportage de guerre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le spectateur est plongé au coeur même de l’intrigue, protagoniste à part entière de cet échantillon représentatif de l’humanité, confronté à une situation fantastique (au sens strict, instillé par l’histoire même – l’invasion du surnaturel dans le naturel) qui fait ressortir la bestialité de l’homme.

 

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Malgré un casting légèrement décevant (le jeu de certains acteurs aurait gagné à plus de profondeur)et des CGI pourris (heureusement d’une part masqués par la brume, d’autre part relativement rares, Darabont étant plus intéressé par l’humain), THE MIST s’avère un vrai chef-d’oeuvre, pendant naturel et nécessaire de La Guerre des Mondes de Spielberg pour comprendre le monde d’aujourd’hui : l’homme y est dépossédé de son pouvoir pour se retrouver confronté à lui-même, à sa part sombre. Le reste, la « fin », est une question de sensibilité.

 

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ANGES ET DEMONS

6042011

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Le pape Jean-Paul II ayant été rappelé par les trompettes des anges, Hollywood s’est précipité pour profiter de cette nouvelle ferveur chrétienne, se jetant comme un mort de faim sur les bouillies littéraires de Dan Brown, dont on leur reconnaîtra malgré tout une efficacité propre à satisfaire les masses (comprenez les fans de Jean-Pierre Pernault à travers le monde). Après le poussif Da Vinci Code, Ron Howard et Tom Hanks (on ne change pas une équipe qui perd) remettent le pied à l’étrier pour… faire pire, ce qui en soi peut être perçu comme un exploit, un miracle. Leur Anges et Démons est aussi intéressant que la lecture des Evangiles par un athée bègue.

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Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, avant même de voir la qualité même du film : c’est cet opportunisme hypocrite dans lequel se complait l’équipe au complet, d’un Tom Hanks ahuri et boursouflé traînant ses kilos en trop à la recherche du temps béni des films à Oscars, d’un Ron Howard ne prêchant que pour sa seule paroisse – celle du dollar facile -, d’un Hans Zimmer qui se fait plaisir à composer avec des choeurs aussi désincarnés que le scénario. Le sujet est traité par dessus la jambe, par la grâce de raccourcis démentiels, de ficelles grosses comme des cierges, et une complaisance sans borne (voir en cela les supplices en désaccord formelle avec la menace édictée, ou encore cette manie de frelater les mises à mort les moins spectaculaires).

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On se sent en fait perdu, à la recherche constante d’un point d’ancrage, d’une ligne directrice, qui soit autre que ce pseudo suspense à la Se7en qui voit Tom Hanks arriver toujours avec un train de retard, malgré sa haute culture et ses déductions à en faire pâlir les héros d’Agatha Christie. La fonction didactique d’une telle intrigue serait exemplaire si ces messieurs de la plume hollywoodienne ne s’empressaient pas de tout saccager à peine l’intérêt éveillé. Croyant produire un tour de force en situant l’action au coeur même du Vatican et ses rouages troubles (une topographie toute horizontale), Howard et ses scénaristes oublient de nuancer un personnage central pour en faire une espèce de Kaiser Sozë dont on a tôt fait de découvrir le secret, tant la caractérisation tourne à la caricature.

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Tout aussi mou que son prédécesseur, Anges et Démons s’affirme encore plus mauvais, par l’absence d’enjeu véritable (une course contre la montre, John McClane en court 5 en un film), par l’absence de personnages forts (avec une nuance pour Armin Mueller-Stahl), et surtout par l’absence d’une mise en scène idoine, bien trop lisse là où un réalisateur de la trempe de Paul Greengrass aurait apporté nervosité et rythme. Ainsi fait, Anges et Démons ressemble à une grabataire parti prier à Lourdes pour un miracle. Malheureusement, pas de miracle ici : comme on dit, Howard a vu la vierge…

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DA VINCI CODE

6042011

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Le bouquin de Dan Brown, je l’ai dévoré en 5 jours : déroulement en chasse au trésor, secret absolument incroyable, argumentation, pour les profanes, très persuasive. On en oublie que c’est écrit comme un best-seller d’aujourd’hui (comprenez commercial, et sans personnalité) et que l’intérêt pour le livre fond comme neige au soleil après lecture. Mais l’intelligence du roman consiste en cela qu’il pousse le lecteur à s’interroger sur le complot historique, sur sa véracité et sur celles des preuves avancées ; bref une remise en question de l’histoire, même et surtout religieuse, et une revalorisation, dans le même esprit, de la femme, ce dont elles ont bien besoin de nos jours.

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Le film à présent : sans être la purge annoncée, le film reste dans l’ensemble mauvais, mais pas nécessairement par faute de ses artisans. L’intrigue est bêtement plaquée sur celle du livre qui procéde d’un découpage scénaristique mais qui aurait besoin d’un véritable travail d’adaptation. En gros, voir le film revient à relire le bouquin (effet de surprise nul, suspense inexistant). Les rebondissements s’enchaînent automatiquement, voulant aller au plus vite, au risque de laisser dans l’ombre certains aspects essentiels à la compréhension.

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Les acteurs font de leur mieux, en vain, pour capter notre attention. Quant à la musique de Zimmer, ça me fait mal de dire ça, mais elle semble en constant décalage avec l’image, en tous cas ne la soutient pas, malgré de réels efforts pour sacraliser l’ensemble.

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Ce n’est donc pas une bouse, c’est passablement regardable, pour peu que l’on n’ait pas lu le livre. Dans le cas contraire, le film apparaît comme une invitation à la lecture : on s’y ennuie moins, et on évite le ridicule qui perce parfois dans le film.

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